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Siège !

Dans la nuit du lendemain, nous reprenons notre expédition, en nous dirigeant cette fois nettement plus à l'est, de façon à contourner l'éperon rocheux par la droite.

Notre progression, bien que malaisée, est tout de même suffisamment rapide et silencieuse. Nous parvenons au bas d'un gigantesque éboulis, sorte de chaos de rochers aux arêtes arrondies. Nous nous glissons le plus discrètement possible entre les blocs sous la conduite de Kryss. Envoyé en éclaireur, celui-ci nous mène à une corniche d'où nous avons une vue globale et détaillée du camp qui s'étale à nos pieds.

Le camp mongol est gigantesque ! Tout du moins si l'on se réfère à nos standards du moment. La comparaison avec nos propres moyens est presque risible. Toutes nos mauvaises impressions de la veille sont confirmées. Le malaise puis l'angoisse nous envahissent rapidement. Aziz lui-même perd un peu de sa superbe.

Dans le campement des Mongols (ou encore des Tartares, ainsi qu'ils se nomment entre eux) nous recensons un certain nombre d'éléments intéressants : plusieurs longues échelles, deux “tortues” ou vineae, deux tours mobiles, d'autres constructions plus massives qui pourraient également ressembler à des tours, divers objets pouvant ressembler à des balistes et même des catapultes de petite taille, style onagres. En vrac encore, de nombreux madriers, poutres et divers éléments de charpente.

Elkior est perplexe. En qualité de spécialiste, il estime les forces en présence totalement disproportionnées. Mais alors que nous commençons à descendre, Aménis est de retour et marmonne dans sa barbiche : “Bigre, ils ont fait des progrès !” Si tout le monde a compris que la situation est désespérée, j'ai surtout l'impression d'être coincé entre deux pages de Tite-Live, version Attila.

Au retour, les ouvriers sont alarmés : peu avant notre arrivée, un groupe d'Asiatiques s'est présenté devant la falaise. Les ouvriers dissimulés derrière la barrière sans tain ont eu les plus grandes difficultés à garder leur calme lorsque l'un des ennemis s'est approché très près de la barrière. L'un d'entre eux a fini par craquer et à décoché une flèche à bout portant contre cet intrus qui semblait renifler la paroi. L'homme a sursauté mais n'a pas réagi outre mesure, comme si la flèche n'avait pas atteint sa cible ! Impossible pourtant qu'il ait pu la manquer !

Nous constatons également que deux ouvriers ont disparu mystérieusement sans que nous ne constations quoi que ce soit. Et sur les six hommes qui se sont aventurés dans la forêt, trois ont été retrouvées morts et trois autres ont disparu !

En avançant un peu du côté où les intrus sont partis, nous avons l'impression de suivre les traces de trois personnes qui en traîneraient trois autres inconscientes, puis subitement, nous ne voyons plus que deux sillons. Le troisième a disparu pendant quelques mètres, semblant faire la place un peu plus loin à des traces de pas espacées, comme ceux que pourrait laisser une personne qui court ! Qu'a-t-il pu se passer ? Je ne peux m'empêcher de penser qu'une sombre créature est infiltrée ou dirige ce groupe et s'est arrêtée un court instant pour consommer sa damnation avant de rejoindre le groupe. Si nous cherchions un peu, nous découvririons certainement un cadavre camouflé quelque part…

Dans la journée, nous prenons un repos bien mérité. L'équipe de jour s'est mise au travail, plutôt fébrile au su des événements de la nuit précédente. Lorsqu'il sort de sa léthargie, Elkior estime le volume de travail nécessaire à environ 4 jours plein, à condition de conserver l'organisation en deux équipes.

Mais dès la première nuit, les choses tournent mal. Cependant, nous avions correctement prévu notre défense. Cerné par une série de feux soigneusement entretenus, notre camp est brillamment éclairé. Lorsqu'une créature jaillit de la nuit et s'approche, elle est immédiatement repérée.

Plongé dans une intense concentration, son déplacement attire immédiatement mon attention. Elkior est au point le plus éloigné de sa ronde, ce qui est évidemment volontaire de la part de l'intrus. Dès que j'ai donné l'alarme, Elkior s'est retourne vers moi pour comprendre. Un instant de concentration et une violente illumination met en évidence la menace ! Surprise, la créature est figée sur place. Elkior profite de son hésitation pour lâcher deux flèches. La volée est superbe. A quelques secondes d'intervalles, les deux traits la touchent en plein crâne !

Mais pas un cri ! L'agresseur semble encaisser sans broncher. Elle arrache les flèches une à une, marque un temps d'hésitation, et rebrousse chemin dans les tenèbres de la forêt.

Inévitablement, le travail est nettement ralenti. Mais son l'impulsion active d'Elkior, le retard est accéléré autant que possible.

Dans la journée, soit les gardes d'Aziz tiennent par leur simple présence les intrus à distance, soit ils attendent eux-même la nuit pour agir. Quoi qu'il en soit, les traces repérées ne sont pas exploitables. La nuit succède tranquillement au jour.

Sur les conseils de Farar, Aziz se lance dans de longues méditations après m'avoir demandé la permission de consulter ce qu'il appelle “Le Livre des Morts”. Farar lui aurait assené des préceptes aussi vagues qu'étranges du style : “Combattre tu sais, maintenant le Savoir tu dois combattre” - “Avant d'accepter, tu dois avoir les moyens de refuser, alors tu prendras et ne recevras pas” - “Un Protecteur doit savoir d'abord se protéger lui-même” - “L'esprit maîtrise les esprits, les esprits maîtrisent la matière”, etc.

Notre dispositif est inchangé. Il est même renforcé par la présence de Zendreff et celle de Kryss envoyé en protection avancée dans les profondeurs de la forêt avec pour consigne de ne pas prendre de risques et de donner l'alerte au moindre mouvement suspect. Malheureusement, la dissuasion ne suffira pas : le lendemain, seconde intrusion : assaut en ordre.

Quatre guerriers se précipitent au centre du camp. Immédiatement repérés par mes soins, l'alarme est donnée. Les ouvriers se précipitent à l'abri dans le souterrain d'accès. Les Asiatiques attaquent une pile de troncs (???) tandis que le chef apparent se dirige plutôt vers les ouvriers attardés. Dans un mouvement d'une fluidité merveilleuse, Elkior plante à nouveau l'intrus de plusieurs flèches, tandis que je l'éblouis ! Désorienté, il rebrousse maladroitement chemin vers l'orée de la clairière. Zendreff repousse les trois autres agresseurs pendant que nous partons tous deux à la poursuite du chef en criant à l'aide.

Kryss perçoit les cris et revient en courant vers le camp. Il arrive à quelques pas du bord de la clairière lorsqu'une ombre jaillit des ténèbres et le fauche en pleine course, me révélant sa présence. Kryss s'écroule comme une masse, foudroyé par le coup.

Arrivé sur les lieux, je n'ai pas pu percevoir clairement le drame qui se nouait, mais les lueurs des torches qui parviennent jusqu'ici me révèle le soldat qui était resté en embuscade. Sa présence n'est pas naturelle : il émane de lui une aura glacée et ses mouvements sont d'une rapidité surnaturelle. Dans le doute, je me concentre intensément sur la technique que j'ai apprise récemment dans le livre des Morts. Je vide mon esprit et laisse l'esprit de Vie guidé par la Foi émaner de ma personne. Le résultat est d'intensifier brutalement l'énergie vitale qui se dégage naturellement de mon corps et de la rendre insupportable aux créatures surnaturelles.

Visiblement, la manoeuvre est effectuée avec succès : la créature est projetée en arrière ! Mais elle se redresse vivement et se jette sur moi tandis que je reprends mes esprits. Nous roulons à terre et pendant la lutte, la créature me mord cruellement à la base du cou, une nouvelle vague de foi pure repousse violemment l'agresseur qui fuit alors, visiblement mal en point.

Pendant ce temps, Zendreff a repoussé les trois guerriers asiatiques, heureusement peu expérimentés. Elkior s'était élancé à la poursuite du chef supposé de l'assaut, aveuglé par la lueur magique invoquée sur lui, mais celui-ci a pu disparaître dans la nuit.

En revenant prudemment vers nous, Elkior me récupère choqué. Un peu plus loin, nous découvrons Kryss gisant grièvement blessé. Je tente de me ressaisir pour lui prodiguer les soins indispensables à lui sauver la vie.

De retour dans le réseau troglodyte, nous nous inquiétons auprès d'Aziz du déroulement des événements : les premiers Asiatiques se présentent à l'ouverture du petit cirque sur lequel donnent nos murailles. Zendreff et Elkior estiment le temps nécessaire à leur déploiement complet à quelques jours encore que ce dernier et Kryss décident de mettre ce temps à profit pour aller chasser et assouvir en toute sérénité leurs bas instincts de tueurs dans la forêt.

A l'aube du cinquième jour, comme ils ne sont toujours pas de retour et que la menace se précise très nettement, j'appelle mon assistant et nous décidons d'aller les chercher avec une brouette afin de les ramener. Comme il fait jour, ils seront certainement endormis. La marche est longue mais tandis que nous approchons de l'extrémité, la lueur d'une torche illumine le bout du couloir.

Approchant prudemment, nous découvrons deux corps attachés par les poignets à une chaîne passée dans un anneau au plafond. Mutilés par de longues coupures sanglantes, je reconnais Elkior et Kryss mais ne saurais dire s'ils sont morts ou vifs. Le long des murs, deux gardes semblent dormir. Prudemment, je m'approche plus près et découvre du bout de mon marteau de guerre ses canines ensanglantées : un vampire. Rapidement Adjif me tend un pieu et pour exterminer la créature. Mais celle-ci se réveille soudain et me saute à la gorge. J'ai à peine le temps de crier à mon assistant de s'enfuir et m'en trouve gravement blessé au bras. Le vade-retro que je tente désespérément fonctionne toutefois et la créature est violemment propulsée contre le mur. Elle s'effondre lentement ; des volutes de fumée s'élèvent de sa peau trop pâle. Mais la manoeuvre a éveillé la seconde créature qui se jette également sur moi et m'arrache la gorge. La douleur ne vient pas immédiatement, mais un gargouillis de mauvaise augure et des chairs poisseuses et sanguinolentes teintent très vite mes vêtements tandis que je recule lentement. Epuisé, j'essaie une dernière invocation, mais je tombe, victime de la cruauté de mon agresseur avant de conclure la manoeuvre.


Le réveil a lieu dans le couloir obscur, transbahuté dans une brouette et à moitié étouffé par le corps d'Elkior. Kryss est en train de la pousser. Il n'y a plus ni chaînes ni vampires à l'exception de mes compagnons. Nous échangeons peu de mots et nous contentons de rallier les caves troglodytes. Je n'ai plus aucune blessure, comme si un mauvais cauchemar s'était abattu sur moi. Paralysé par la terreur, je n'ose poser la moindre question.

Je me sens particulièrement mal et rejoins au petit matin Zendreff sur les remparts. On me prescrit un enfermement total à l'exception d'une visite préalable chez le vieux homme, car je soupçonne d'être un vampire suite à l'attaque du couloir. D'ailleurs la lumière du jour m'est déjà difficilement supportable.

Le vieil homme ne peut rien faire pour moi, si ce n'est hâter ma transformation. Aziz s'est porté volontaire pour des rituels obscurs pendant lesquels j'avais depuis longtemps perdu connaissance. Au terme des cérémonies, je suis un vampire complet et m'horrifie moi-même.

M'enfermant toutes les nuits dans une cellule, je poursuis mes études du Necronomicon. Je ne m'accorde qu'une sortie la nuit sous la garde de Zendreff lorsque je suis sûr de me maîtriser et une sortie au jour naissant pour tenter de résister au lever du soleil. Mais toutes mes tentatives sont vaines : même le plus faible rayon m'inflige des blessures douloureuses qui me feraient fuir si je ne sombrait pas instantanément dans une profonde torpeur au même instant. Zendreff me ramène à chaque fois dans ma cellule.

Dans la journée, le vieil homme étudie le livre avec Aziz, présent lorsque les mouvements des Mongols lui permettent. Dans la nuit, Kryss et Elkior tentent des incursions au péril de leur vie dans le camp ennemi. A l'occasion de l'une d'elles, Kryss rencontre un guerrier qu'il pense être un vampire et combat contre lui très efficacement. Cependant, manquant de force, il est obligé de rompre le combat. Appelé à la rescousse, je le repère dans les rochers, agonisant, et permet à Zendreff de le récupérer. Tous les deux lui sauvont encore une fois la “vie”.

La même nuit, un lanceur de sorts tente de s'infiltrer dans le camp arabe et de déverrouiller le mécanisme d'ouverture de la passerelle mobile. Je le repère presque par hasard et lance l'alerte. Zendreff et lui se jettent l'un contre l'autre. Dans sa fuite, le maître des arcanes lance un sortilège qui génère une grosse boule de feu qui me brûle grièvement alors que je suis encore mal remis de mes blessures précédentes. Zendreff lance tous les archers contre le magicien et rejette le globe flamboyant au bas de la muraille où elle s'éteint d'elle-même. La passerelle continue de glisser doucement vers le bas du mur. Zendreff la bloque et commence à la remonter, mais déjà quelques guerriers ennemis ont pris pied dessus et tentent de couvrir le mage. Mal leur en prend car ils sont criblés de flèches par les défenseurs. Pendant ce temps, les autres initiatives des agresseurs sont systématiquement repoussées par les arabes qui rejettent leurs échelles avec de longues perches prévues à cet effet. Les rares Mongols qui prennent pied sur le mur sont rejetés impitoyablement.

Les nuits d'enfermement se succèdent. A l'occasion de l'une d'elles, Elkior, visiblement désireux de parler, me demande d'approcher. En fait, l'étincelle de cruauté dans le regard me confirme qu'il s'agit d'Aménis. Il semble désireux d'échanger des propos, d'abord incohérents, mais que j'oriente rapidement vers son histoire personnelle. Il n'avait rien contre le fait de l'évoquer et me raconte volontiers son extraordinaire odyssée à travers le temps.

Aménis vécut dans les années 670 avant notre Seigneur. sous le règne d'Assar-Haddon, roi de Babylone et des Assyriens. Il était simple soldat lorsqu'il participa à la campagne d'Égypte et au pillage de Thèbes. A cette époque, l'Égypte fut partagée entre vingt petits royaumes et Assar-Hadon se proclama “roi des rois d'Égypte” avant de s'en retourner en Assyrie pour d'autres conquêtes.

Aménis resta en Égypte avec l'arrière-garde pour assurer que les rois respectent bien leur serment de fidélité et surtout paient leur tribut à Babylone. C'est alors que la politique des palais remplaça celle des champs de bataille et les féroces guerriers chaldéens commencèrent à s'ennuyer, se sentant oubliés de leur patrie et de Marduk, leur dieu.

C'est alors que vint le temps d'Astartis, un capitaine ambitieux qui rêvait de gloire et de conquête. Il commença à faire de l'ombre à certains rois mis en place par Assar-Hadon et à prendre l'initiative d'avancées militaires au delà des frontières de l'Égypte. il se servit des butins amassés et du détournement des tribus versés à Babylone pour se constituer une véritable petite armée parallèle en Égypte.

Astartis s'attachait la loyauté de ses hommes autant par la promesse de conquêtes que par la crainte qu'il inspirait. Il faisait taire les scrupules par l'octroi d'une solde fédératrice et faisant empaler les incorruptibles. Aménis eut bientôt la chance de faire partie de la garde rapprochée d'Astartis, bien que personne ne l'approchait jamais vraiment. Astartis, doté d'un teint très pâle, avait l'habitude de ne sortir que la nuit. On disait qu'il pratiquait la magie, qu'il aurait apprise lors d'une de ses expéditions. Il était capable de prouesses physiques qui lui auraient été données par les Dieux, sans que personne ne sache vraiment lesquelles. Il portait une couronne d'or sur la tête, qui semblait par moment s'illuminer sans lumière. Il passait de longs moments enfermé à lire un livre dont on disait qu'il était couvert de peau humaine. On disait également qu'il n'éprouvait ni la fatigue ni la faim.

Vint le jour où Astartis décida que l'Égypte était trop petite pour lui et se prit à convoiter la couronne de Babylone. Il emmena le gros de ses troupes avec lui en direction de l'Assyrie. Nul ne sut vraiment quels étaient les desseins d'Astartis. Son armée perdit du temps du côté des montagnes d'Arménie. Les hommes commencèrent à douter et à redouter l'affrontement avec les troupes d'Assar-Hadon. Ce moment ne vint jamais. Il est probable que nul à la cour de Babylone n'entendit jamais parler du prince rebelle.

Leur première bataille fut leur première défaite. Aménis comme d'autres furent persuadés d'une trahison. Leurs ennemis étaient composés pour partie de Babyloniens, mais également d'autres hommes n'arborant aucune couleur. Aménis se battit contre l'un deux. Son épée le traversa de part en part, mais cela n'eut pour effet que de le faire sourire, non d'un air menaçant mais plutôt compatissant. L'homme était vêtu d'une longue cape noire et des yeux de braises luisaient sur un masque blafard. L'homme mystérieux cassa l'arme sur ses genoux et le pria de cesser le combat. Aménis se rendit alors que le combat était bientôt terminé, la rage au coeur.

Astartis fut maîtrisé par des hommes vêtus de capes noires. On le débarrassa de sa couronne et on le crucifia la tête à l'envers en plein soleil. Ses soldats survivants assistèrent à son supplice. Les hommes mystérieux se livrèrent toute la journée à une cérémonie. Un prêtre de Marduk était présent et semblait servir d'intermédiaire. Lorsque le soleil commença à disparaître, on coupa la tête d'Astartis qui roula au sol avec un bruit mat. Aménis n'était pas un érudit, mais il savait ce qu'était un vampire. Cette idée lui revint lorsque les hommes en noir choisirent chacun un homme parmi les prisonniers. Ceux-ci ne revinrent jamais.

Les autres prisonniers furent laissés à la justice des Babyloniens et traités comme des rebelles. Ils furent jetés ligotés dans des bacs en terre cuite qui ressemblaient fort à des cercueils. On remplit ensuite ces cercueils d'eau bouillante et on referma le couvercle, laissant les suppliciés profiter de leur agonie. Aménis ne mourut pas tout de suite après avoir senti la morsure de l'eau brûlante dans toute sa chair. Son esprit torturé réussit à analyser qu'on transportait le cercueil dans lequel il était confiné, probablement vers sa dernière demeure.

J'ai alors compris que l'esprit d'Amenis fut réveillé près de mille ans plus tard pour être enfermé dans un nouveau corps, et partager ses sensations avec celles d'un autre esprit, si l'on peut dire.


Les provisions du camp troglodyte semblent infinies. Nulle réserve ne se vide à l'occasion des repas. Cependant, je n'ai pas l'occasion d'approfondir ce mystère apparent. Tout au long de la nuit, un individu étrange vient régulièrement m'observer à travers les barreaux de ma cellule. Personne ne sait de qui il s'agit. Intrigué, je lui demande à la première occasion ce qui se passe et ce qu'il désire, mais l'individu ne s'exprime pas ou répond que rien de particulier ne l'intéresse et ne semble pas non plus nécessiter de soins. Cependant, pris d'une intuition, je lui montre mon livre en lui demandant si celui-ci l'intéresse. L'individu semble fasciné. A travers les barreaux, je tourne les pages devant lui pour lui montrer que le livre n'a pas à être un objet de curiosité particulière, et notamment qu'il contient peu d'images, bref pour le démystifier. Mais, très vif, l'homme s'empare du grimoire et tente de s'enfuir.

Heureusement, Zendreff arrive face à lui au moment où il s'élance dans le couloir. Ce dernier l'arrête immédiatement, mais un inextricable méli-mélo s'ensuit. Plusieurs individus semblent tenter d'aider le premier et surgir de nulle part. L'action violente fait entrer en frénésie Kryss et Elkior, enfermés dans les cellules adjacentes. Hurlants, ils tentent désespérément de saisir toute chair fraîche passant à portée. Pour son malheur, un individu blessé vient à chuter le long des barreaux d'Elkior et finit dans d'atroces souffrances, dévoré vivant.

Lorsque la situation se calme, Zendreff commence à faire le tri parmi les individus qui circulaient dans le secteur. Nous traînons l'indigène par qui le scandale est arrivé auprès du vieil homme. Il semble évident que cet homme n'est pas maître de lui, mais victime de quelque charme que je ne parviens pas à préciser. Après un long interrogatoire, celui-ci, incapable de révéler quoi que ce soit, précise sa mission et nous permet de monter un guet-apens.

Quelques heures plus tard, nous exterminons deux vampires infiltrés dans le camp arabe après les avoir enfermés dans une cave utilisée comme blanchisserie, lieu d'échange du grimoire. Kryss défend la porte, tandis que Zendreff, au front, assisté par mes vagues d'énergie mystique, attaque vaillamment les créatures démoniaques. Je suis moi-même couvert par Elkior qui ne peut me faire face au risque d'être balayé par l'onde divine, ce qui d'ailleurs finit tout de même par arriver mais sans trop de gravité en ce qui le concerne.

Lorsque l'assaut est terminé, nous incendions la pièce et les corps des intrus avec puis condamnons définitivement l'accès en gravant moult formules, incantations et avertissements très clairs quant à son contenu.

Lorsque le calme revient, Farar nous convie à le rejoindre dans sa suite. Il semble avoir fait quelque découverte. Lorsque nous arrivons, nous constatons qu'il n'est pas seul. Il s'adresse alors à nous en parlant de son convive : - Cernès était un Gardien. Il ne m’a jamais révélé son origine, mais je pense qu’il aurait pu être contemporain de Priam.

Évidemment, nous sommes totalement interloqués ! Comment est-il parvenu jusqu'ici ? Est-il passé par l'issue que j'ai fait agrandir ? Priam, le roi de Troie ? Avant que nous n'ayons pu prononcer une parole, L'individu prend la parole : “Je suis moi-même un Gardien à part entière depuis quelques cinq cents ans : les Gardiens ont pour mission de préserver l’équilibre entre les humains et les Immortels. Nous intervenons lorsque les humains approchent de trop près notre secret, et que cela risquerait de changer le cours de l’Histoire. Nous aimons assimiler notre Ordre à la légende d’Icarius. Seuls quelques rares humains, comme Farar, que nous avons jugé dignes de confiance connaissent notre secret. Nous intervenons également lorsque des Immortels usent à mauvais escient de leur pouvoir. Attention, nous ne jugeons pas leur moralité. Nous sommes les Gardiens du secret des Immortels. Nous veillons à ce que soit respectée la règle d’or des Immortels : ne jamais laisser de trace écrite de notre passage dans l’Histoire.”

Il poursuit : “Farar m’a parlé du livre que vous avez trouvé dans la nécropole d’Astartis. L’histoire d’Astartis s’est déroulée bien avant ma naissance, mais est encore présente dans la mémoire des Gardiens. Il fut l’exemple parfait du type d’Immortel contre lequel notre ordre lutte sans relâche. Celui-ci faillit échapper à notre contrôle car il avait acquis une puissance phénoménale grâce à un Livre et diverses reliques, comme une couronne, par exemple. A l’époque, les Gardiens étaient intervenus pour effacer son passage dans l’Histoire. Le Livre a été enfoui avec lui dans sa dernière demeure. Il n’appartient cependant à personne. Il est d’ailleurs dit qu’il possède sa propre volonté. Il n’y a donc aucune raison pour que je vous prive de sa jouissance, si tant est que vous puissiez en tirer avantage. Nous pensions qu’il était magique ou maudit, vestige de temps oubliés. Si cela est vrai vous en avez déjà fait les frais.”

“Ce qui m’étonne, c’est que Lo Gaï en ait eu également connaissance. C’est l’Immortel que vous avez détruit. Je suis sur sa trace depuis longtemps, mais il a dû dormir pendant une cinquantaine d’année avant de réapparaître, pour accomplir ses funestes projets. Lo Gaï était comme vous, Wilherman, il maîtrisait les énergies surnaturelles avant même de devenir Immortel. D’après mes sources, il aurait capturé un Immortel et l’aurait contraint à lui transmettre le Don obscur. Le temps est ce qu’il manque le plus à ceux qui veulent maîtriser la magie.”

Je n'ai pas le temps de répondre quoi que ce soit, l'invité enchaîne encore :

“Certaines légendes laissent entendre l’ordre des Gardiens serait bien antérieur aux civilisations humaines. On lui associe également la symbolique des “Sept Clefs ”, sans que l’on sache vraiment ce que sont ces clefs. Certains pensent que le Livre des Morts serait une de ces clefs, mais personne n’en a jamais trouvé d’autres à notre connaissance. D’autres pensent que ces clefs ouvriraient les portes de la Cité Interdite. Mais cette Cité Interdite serait elle-même un mystère ? Nous pensons qu’il est des secrets qu’il ne vaut mieux pas chercher à déterrer. Sachez cependant que si vous en faites mauvais usage ou si le fardeau vous pèse de trop, il y aura certainement quelqu’un comme moi derrière vous. Lorsque vous serez prêts, nous vous ferons peut-être une proposition. Très peu d’Immortels ont connaissance de notre Ordre. Mais Farar a estimé que votre situation était assez exceptionnelle pour justifier un traitement de faveur.”

Imperceptiblement, l'individu salue le vieil homme et continue sans laisser l'occasion de réagir :

“Je ne peux malheureusement pas vous apprendre à échapper à l’appel du sang lorsque le voile de la nuit met fin à la morsure du soleil. J’ai appris le rituel il y fort longtemps et le répète à chacun de ses couchers. Je sais qu’il faut un support particulier pour pouvoir acquérir ce don. Je crois me rappeler qu’Eïdis était en possession d’un parchemin de ce type. Mais je ne saurais vous en dire plus. Je ne me suis jamais penché sur les sciences occultes autrement que par extrême nécessité.”

“Le devoir m’appelle en d’autre lieux, j’espère que nos chemins se croiseront de nouveaux sous des hospices cléments.”

Il incline le buste en portant la main à son cœur et… semble disparaître sous nos yeux ! Je crois tout juste le voir ralentir pour fermer la porte avec une impulsion raisonnable.


Et c'est fini, car la suite, tout comme ce qui précède, n'a jamais été rédigé.

Armaggion 2017/07/09 00:26

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