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L'Ordre de la Rose Blanche

Histoire de sa création, histoire de sa disparition

Nous sommes en 1105, et je suis Camerlon d’Eërzios le conseiller. C’est un titre et une charge héréditaire, transmise depuis cinq générations. Nous servons les descendants d’Hastur, rois de ces domaines, lumières d’Avarra et gardiens du Co-Namor. Je ne donnerai pas les autres titres de mon roi, ils sont tous de plus en plus futiles et pompeux. Sache simplement, lecteur, que ce roi est oint par Avarra de par sa naissance, et gardien du Co-Namor, attendant toujours l’impératrice suprême, dont je ne sais pour quelle raison nos ancêtres se contentaient de l’appeler la Dame.

Il y a maintenant près de cinquante ans que je sers mon roi, depuis ma majorité. Il y a maintenant près de cinquante ans que je sers sa folie. N'était-ce mon honneur et celui de mes ancêtres, j’aurais depuis longtemps donné ma démission et serais parti dans les terres de ma famille pour finir ma vie en paix. Hélas, seul ma voix semble lui conserver un semblant de conscience de ses actes. Voilà vingt ans que Gilian d’Hastur fait des expériences magiques sur ses gens, voire sur sa propre famille, pour développer de meilleures fonctions sensorielles. Il fait cela parce que le danger rôde partout selon lui, et que son règne doit être protégé au mieux. Il a enfin réussi, si l’on peut dire, à « améliorer » un humain. Certes, contrairement à tous ses échecs, et ils sont nombreux, ce cobaye là n’est pas déformé physiquement, et il n’est pas mort. Mais les résultats sont presque aussi horribles. Il entend tout ce que nous pensons, et il le dissémine dans tous les esprits des autres.

Mon roi m’a demandé de trouver une solution pour diminuer ses « cris ». Après près de deux ans de recherches aussi bien magiques qu’alchimiques, j’ai fini par trouver une fleur qui diminue ses facultés. Pour pouvoir en produire en assez grande quantité, j’ai dû accélérer sa production magiquement. Ce que j’ai réalisé bien plus tard, c’est qu’en même temps cette plante permet de contrôler les phénomènes. Mon roi s’en est aperçu bien avant moi, et il en a adapté ses besoins pour continuer ses expériences. Il a fini par tuer sa créature, et il a utilisé sa propre parenté pour continuer.

Je l’ai aidé sans le vouloir, j’ai permis l’apparition d’un nouveau genre humain.

Nous sommes en 1156, je suis Gelian d’Eërzios. Pour beaucoup, je n’ai jamais existé, mon père ne m’ayant pas révélé aux yeux de la noblesse. Si j’ai tenu à mettre en avant la sombre histoire de mon grand-père, c’est pour permettre de comprendre la création de l’Ordre de la Rose Blanche. Mon ancêtre a commis peu d’erreurs, mais il en a commis une d'une telle importante qu’elle a modifié la politique et l’histoire de ce continent à jamais. Je ne suis pas conseiller du roi, mon père ne le fut pas non plus. Quand mon grand-père essaya de mettre fin à ces expériences, le roi le destitua de sa charge, et sa famille avec. Il nous laissa nos autres titres et possessions uniquement parce que notre famille avait toujours servi loyalement. Ou alors, c’était un autre trait de sa folie. Peu importe, elle nous aura finalement servi pour ça.

Mon père décida alors de mettre en œuvre un plan pour renverser le pouvoir, ou du moins détruire ces abominations. Ce qu’il n’avait pas encore compris, c’est que le roi avait fini par introduire cette capacité dans les gênes de sa famille. Et il a très rapidement disséminé sa progéniture dans les domaines par les mariages ou la politique. Pas si fou que ça, le vieil homme… Le temps que mon père comprenne, une nouvelle génération était née, et presque inaccessible désormais car nous ne sommes plus les bienvenus à leurs côtés au sein de la haute noblesse.

Un magicien seul, malgré toute sa puissance, ne peut résister longtemps aux assauts de soldats bien déterminés. Un soldat ne tiendra pas forcément plus longtemps. Réunir une troupe assez conséquente se remarquera forcément. C’est là que son plan intervient. Une petite troupe bien aguerrie qui maîtrise plusieurs arts a plus de chances de s’en sortir qu’une troupe qui se verra de loin.

Il a alors commencé par moi. Il m’a bien fait comprendre que cela prendrait certainement plusieurs générations, qu’il n’était même pas sûr que j’en vois moi-même l’aboutissement. Je fus entrainé dès lors par un maitre d’armes le matin, et je dus, malgré la fatigue, suivre des études de magie profane l’après-midi. Et cela pendant près de vingt ans.

Il est dur, très dur, de manier l’épée en même temps que la magie. Cela demande un esprit affuté et un corps développé par des années de réflexes qui deviennent des automatismes.

Quand je fus prêt, il me demanda de le tuer. Pas par envie de mourir, mais par besoin. Comme ça, il ne pourra rien révéler à ces créatures. Je dus bien entendu quitter alors le domaine. Il m’a fallu bien huit ans pour réunir seize personnes de confiance. Ces gens pensaient comme moi. J’ai également dû leur expliquer mon projet et mes capacités inhabituelles. Nous avons fondé un ordre, l'Ordre de la Rose Blanche. Nous nous sommes déclarés comme ordre non combattant. C’était la seule possibilité pour ralentir les inévitables tentatives d'espionnage dont nous serions fatalement l'objet.

Voilà ce qui suit, voilà ce qui a été décidé :

Pour que cet ordre survive, il nous faut quatre piliers principaux. Ces piliers doivent savoir manier la magie et la lame en même temps. Pour nous protéger physiquement, il nous faut quatre maitres d’armes. Pour être sûr que la magie ne puisse nous espionner et nous agresser, il nous faut quatre maitres de la magie. Et enfin pour protéger notre esprit et notre foi, il nous faut quatre prêtres, ou serviteurs d’Avarra.

Ces seize héros se doivent de protéger et servir le maitre de l’Ordre à tout instant. Ces seize entités sont obligatoirement requises pour aider le maitre à lancer le sort suprême, à nommer le successeur ou à élire un nouveau magus.

J’ai décidé que nos élèves deviendraient des magus, et non des magiciens. Ce n’est pas par manque de respect envers ces hommes, mais nos capacités ne nous permettent pas de prétendre être aussi avancés qu’eux dans la magie. Il n’y a pas de faiblesse possible dans ce que je vais faire. Tout enfant qui me rejoindra avec le consentement de sa famille se devra d’accepter la mort comme compagne. Toute épreuve ne peut se solder que par deux résultats. L’un des deux est la mort. Le maître de l’ordre sera le seul à connaitre le nom de ces enfants, ceci pour les protéger de la magie. Le nom donne pouvoir sur soi.

Nous sommes en 1181. Notre école est constituée de soixante-sept membres, instituteurs compris. Cela porte notre nombre d’élèves à cinquante enfants. Depuis sa création, vingt-et-un enfants sont hélas décédés pendant les épreuves. Quatre sont parvenus au bout de leurs études, ce qui me fait quatre piliers de plus. Je songe à créer une autre école, dans un lieu perdu pour protéger notre savoir au cas où. J’ai encore identifié deux espions il y a peu. L’un d’eux a été renvoyé avec de fausses informations, et j’ai dû malgré moi tuer l’autre. J’espère que cela les fera réfléchir.

Nous sommes en 1187. J’ai envoyé mes quatre anciens élèves dans un des domaines de l’ouest, fonder une école avec le plus de couverture possible. L’un de mes anciens piliers servira de maître. Cette maison se trouvera près de la ville de Bolliac. Leur couverture sera une maison pour orphelins. C’est une période difficile pour nous. Le nouveau roi a décrété que tout pratiquant de magie, profane ou divine, doit se déclarer devant le conseil des sages. De plus, seule la caste noble peut avoir l’apanage des arts psychiques et/ou magiques. Ce conseil, uniquement composé de Comyns, est avant tout psionique. Ils sont devenus ouvertement opposés à toute forme d’étude qui peut constituer un danger, et particulièrement s'ils ne peuvent pas contrôler la diffusion de ce savoir.

Etant donné qu’il est très compliqué de repérer l’un d’entre eux, j’ai préféré ne pas envoyer de messages à la nouvelle école. Je suppose qu’ils trouveront une solution pour éviter de se faire arrêter.

Je suis donc allé déclarer mon école, et renouveler mon serment de vassalité envers le roi et le conseil. J’y suis resté près de deux jours, et j’ai bien senti que je ne pouvais que difficilement résister à leurs assauts sur mon mental. J’espère leur avoir camouflé la nouvelle école. Pendant mon séjour, j’ai pu voir de vieux magiciens, qui étaient pourtant très réputés dans leurs domaines, être arrêtés pour sédition. Ils avaient l’air d’avoir subi d’horribles tortures, et pourtant physiquement ils paraissaient indemnes.

Nous sommes en 1198, je suis Hillion d’Ervst. Je suis le maitre de l’école de Bolliac. Voilà maintenant près de huit ans que je n’ai plus de nouvelles de notre école principale. J’ai réussi à recouper plusieurs informations et il semblerait que celle-ci ai été détruite il y a quatre ans par ce conseil. Je n’ai pas réussi à trouver de survivants, et je n’ai pas entendu parler de prisonniers qui porteraient les noms que je recherche. Comme pour ce type de prisonniers il n’y a que la prison de Nervarsin, les recherches furent rapides.

Je n’ai pour l’instant pas été inquiété par le gouvernement actuel. A priori, notre couverture est solide. Etant donné que j’accueille près de neuf véritables orphelins pour chaque futur étudiant, cela leur est plus difficile de mettre en doute mes motivations. Mes étudiants sont maintenant au nombre de cent quarante deux. J’ai réussi à faire l’année dernière une classe entière, qui a réussi toutes les épreuves sans aucune perte. Ce sont tous maintenant des magus confirmés. Plusieurs d’entre eux ont se rendre sur le site de l’école initiale pour chercher des survivants, voire perpétrer des représailles contre le roi et sa clique. Je me suis fermement opposé à ce projet. Je leur ai bien fait comprendre que cela nous mettrait alors tous en danger, ainsi que d’autres congrégations de magie.

J’ai choisi les quatre meilleurs d’entre eux pour fonder une nouvelle école. A eux de trouver les maîtres d’armes et les prêtres qui voudront bien les suivre. J’ai également, comme notre défunt mentor, désigné l’un de mes piliers pour prendre le rôle de maître. Je leur ai conseillé de partir vers le nord-est, dans les villes séchéennes. A priori le roi n’a que peu de pouvoir là-bas. Je leur ai donné pour ordre strict de ne communiquer que dans l'urgence la plus impérieuse, et dans ce cas de trouver un moyen de transport pour le message rapide et fiable. En effet, les psionistes ayant de plus en plus de contrôle sur leurs pouvoirs, je doute qu’un message magique puisse passer sans être intercepté. J’ai remplacé mon pilier par le suivant sur la liste des aptitudes.

Nous sommes en 1201. Comme trop d’adultes résidaient dans l’école, les autorités ont commencé à avoir des doutes. J’ai donc dû me résoudre à me séparer de toute la classe. Je les ai répartis de manière à créer quatre écoles de plus. Comme je ne pouvais me permettre de perdre tous les anciens piliers, je les ai laissé désigner quatre maîtres parmi eux. J’espère que leur intelligence et leur sagesse leur fera faire de bons choix. Je leur ai demandé de ne pas me révéler leur futur lieu de résidence. Je ne pourrai pas révéler ce que je ne sais pas. Voilà maintenant près de deux ans que les guerres ont commencé. Les domaines sont dévastés, tous morcelés en plusieurs petits états où, dans le cas où ils seraient trop faibles, des alliances se nouent.

Nous avons bien fait comprendre à l’autorité en place que ces enfants n’étaient pas dignes de leurs considérations et qu’ils ne pouvaient en aucun cas représenter de futurs soldats. Pour cela j’ai dû recourir au cercle et établir un sort d’illusion très puissant, pour leur faire croire qu’ils étaient sous-alimentés et trop chétifs. Dans cette action, j’ai perdu un pilier et un serviteur d’Avarra. Ce sort, tellement puissant, a consumé leur énergie. Nous sommes encore tous sous le choc. Ce malheur nous a servi car, le représentant du baron nous ayant vu dans un état si épuisé moralement et physiquement, il n’a pas trop insisté.

J’ai appris de source fiable qu’une des nouvelles écoles se trouvait parmi les Elfes, sur l’île d’Evanna. Même les Hastur respectent la neutralité de cette peuplade, et je ne peux que féliciter l’élève qui a réussi à convaincre la matriarche de fonder une école chez eux.

Je n’ai pas encore compris ce qui a disloqué le pouvoir du roi. Je ne peux que supposer qu’à force de mettre de plus en plus de lois restrictives sur la magie et les arts de la guerre, cela a fini par faire peur aux nobles. Ils ont alors dû penser que le roi voulait absolument être le seul pouvoir militaire en place. Je ne peux dire si cela aurait été à long terme une bonne solution ou non pour le peuple. Toutefois, dans le cas présent, cela nous permet de survivre un peu plus longtemps dans ce continent dévasté par la guerre.

Cette action a également remis en place des écoles de magie, de paladins, de prêtres et toute autre forme de caste avant tout guerrière. Plusieurs sont bien entendus dirigées par les nobles en place, mais beaucoup sont également indépendantes. Encore une fois, je ne saurais dire si cela est une bonne chose.

L’un de mes prêtres a demandé à son dieu quel résultat pouvait en ressortir. La réponse fut bien entendu difficile à déchiffrer, et elle ne nous aide pas. Selon notre interprétation, dans un temps assez long, si la paix n’est pas établie, un cataclysme d’une ampleur jamais égalée se produira sur ces terres. Il détruira tellement de monde et de modes de vie que, pendant très longtemps, la magie n’existera plus. Je dois avouer avoir du mal à y croire. Je continue à protéger mes élèves, à les faire progresser. J’ai perdu neuf élèves l’année dernière, quatre cette année. J’ai avec moi une classe de onze enfants, ce qui est fort peu. Je dois de nouveau recruter avec toute la discrétion possible. J’ai fait un tour parmi les vrais orphelins et, à l’heure actuelle, je n’en ai trouvé aucun avec un potentiel et une discipline suffisants.

Nous sommes en 1218 et notre école est plus en danger que jamais. Malgré mes précautions, une attaque a eu lieu. J’ai perdu tous mes piliers, ainsi que quatre élèves. Plus de la moitié des orphelins ont été tués, ce qui représente soixante-dix-huit enfants. Ils n’ont pas osé toucher aux prêtres d’Avarra, pas encore… Malgré leurs immenses talents, mes maîtres d’armes ont fini par succomber sous le nombre, et deux de mes magiciens sont morts également. Je suis vivant, mais j’ai perdu un bras dans cette bataille.

J’ai appris que depuis trois ans les Nains sont éradiqués sur ce continent. Ils étaient pourtant un nombre important et malgré leur caractère disons ombrageux, ils se révélaient d’excellents artisans. Leur commerce était dur, mais honnête. Un Nain comptait au nombre de mes maîtres d’armes et je puis vous assurer que beaucoup de soldats sont tombés avant lui. Selon certaines autorités, les Sous-Humains ne peuvent rester ici. Beaucoup ont été enfermés dans des grottes, plongés dans un carcan de glace. Ce nouveau procédé pour isoler les factions ne servant pas les intérêts des psionistes n’est qu’un camouflet pour faire croire à une action non agressive. Qui ira les réveiller ? Personne bien entendu, ils sont condamnés pour l’éternité. Je me demande si je ne préfère pas la mort.

Sur les sept élèves qui me restaient, deux sont morts dans la dernière épreuve. J’aurais peut-être dû attendre plus longtemps, que ce souvenir macabre disparaisse. Mais notre art ne mérite que les meilleurs. J’ai de nouveau quatre piliers. J’ai recruté des maîtres d’armes et des soldats d’élite pour recomposer le cercle. J’ai réussi à trouver quatre magiciens qui étaient suffisamment décidés à rendre le monde meilleur. Le dernier des cinq nouveaux magus me servira de messager. Malgré ce rôle, qui ne me fait pas du tout exploiter ses connaissances correctement, il en comprend l’importance pour notre avenir.

Il est parti voilà deux semaines pour trouver les écoles qui existent encore. Je suis sûr qu’au moins l’une d’elle est complète, vu qu’elle se trouve chez les Elfes. Ils disposent de moyens pour protéger et camoufler leur présence que je ne comprends pas moi-même.

Nous sommes en 1276, je suis Betshany. Je suis le maître à présent, notre révéré mentor a rendu l’âme voilà maintenant un mois. Ce fut au cours d’un sortilège majeur qu’il périt. Etant le point focal de ce sort, il a décidé qu’il prendrait le retour du sort seul, et non partagé entre tous comme il se doit. Il a prétexté que nous ne sommes plus assez nombreux pour nous permettre de perdre plus de gens. Mes collègues magus m’ont élu, ils ont décidé que ma sagesse et mon sang-froid était la meilleure solution pour l’école.

L’école est maintenant protégée par un sortilège d’illusion qui fait croire aux gens qu’elle a été totalement dévastée. De plus, la combinaison d’un deuxième sort nous rend théoriquement indétectables. Je dis bien théoriquement car nous n’avons pas encore très bien mesuré l’importance des pouvoirs psionistes. Avec beaucoup de patience, j’ai réussi à trouver six nouveaux élèves parmi les orphelins qui étaient récemment arrivés. J’espère ne pas être déçue. Selon les échos que j’ai entendu, la guerre fait toujours rage, et ce depuis maintenant près de quatre-vingts ans si mes calculs sont exacts. Je ne sais plus. Je dois avouer qu’avec la tâche qui me revient je n’ai plus beaucoup de temps entre les étudiants, le sort à maintenir et les divers renseignements qui me parviennent. Heureusement que notre réserve en or est encore bien fournie, sinon je ne sais pas comment j’arriverais à maintenir l’école à ce niveau. Le plus dur étant de faire parvenir les ressources nécessaires à notre subsistance en toute discrétion. Je me refuse à voler les nobles pour nous, même si certains le mériteraient par leurs actions ignobles.

Le maître m’a bien prévenu que maintenir le sort en place coûterait son énergie vitale dans le temps à son successeur. Selon mes calculs, confirmés par mes piliers, un nouveau successeur devra être désigné d’ici dix-sept ans au plus tard. Il nous faut donc trouver suffisamment de nouveaux élèves pour que l’école soit préservée. Le sort étant lancé, il est impossible d’en changer les variables, donc je dois tout encaisser. Cela m’épuise tellement vite. Un informateur bien placé nous a garanti une certaine stabilité dans la région, tant que le comte en place est en vie. Je ne sais si c’est exact, et de toute manière l’idée demeure qu’il ignore notre présence.

Nous sommes en 1314, je suis Julianthus. Je suis le nouveau maître de l’école. Bethsany est morte il y a deux ans, dans une attaque qui concernait une petite ville. Nous n’étions pas spécialement visés, mais elle a simplement voulu aider ces pauvres gens.

Il y a actuellement quarante-sept étudiants dans l’école. Ils semblent en grande partie prometteurs. Les épreuves feront le tri. J’espère qu’ils seront tous assez intelligents et endurants pour renforcer nos membres actuels. Si d’ici quinze ans j’ai assez de magus, cette fois je passe à l’offensive. J’ai le temps d’établir des plans pour conquérir une petite région et si tout va bien ce sera une bonne base pour rejoindre les autres écoles, s’il en reste.

Comme le sort de dissimulation a disparu brusquement, j’ai dû recourir à un autre subterfuge. J’ai très rapidement fait construire un petit village autour de l’école, et j’ai habilement dissimulé cette dernière en vieille maison. Je dois réfléchir à un nouveau sort ultime, mais sans savoir encore à quel usage je le destinerai.

Les anciens orphelins ont spontanément décidés de m’aider, et ils ont par nécessité et j’espère affinité créé des familles qui occupent les maisons. Pour éviter de me donner trop d’importance, j’ai mis à la tête de ce village celui qui me semble le plus charismatique et intelligent.

De toutes les informations que j’ai pu recueillir, il y aurait actuellement trois factions majeures, dont les Comyns psionistes. Selon toute vraisemblance, ce ne sont pas forcément eux qui détruisent le plus la population et/ou l’environnement. Mais ils ne sont pas innocents pour autant. Disons que la guerre est plus propre avec eux, un peu du moins.

Dans les quelques voyages que j’ai pu faire, j’ai eu un jour l'occasion d'observer à distance une bataille entre deux ennemis. Il se trouve que l’un des deux belligérants était un Comyn psioniste. Je dis bien était, car d’après ce que j‘ai pu conclure il maîtrisait fort mal ses pouvoirs. Toujours est-il qu’avant de mourir il a réussi à désintégrer la quasi-totalité de l’armée adverse, ainsi que toute structure environnante. Il est ensuite mort dans la douleur, consumé par son propre pouvoir. J’en conclus, peut-être trop simplement, qu’ils ont encore beaucoup de progrès à réaliser avant de devenir une véritable menace. S’ils sont plus rapides, les magiciens doivent encore leur tenir la dragée haute.

Nous, magus, l’élite entre la magie et le guerrier, faisons tout notre possible pour éviter les conflits. Nous ne sommes pas assez nombreux.

Nous sommes en 1347. J’ai enfin réalisé ce à quoi je travaille depuis près de trente ans : avoir un domaine nous appartenant, permettant de subvenir à nos propres besoins. Même si je ne pensais plus cela possible, j’ai, il y a près de quatre ans, réussi à contacter deux des écoles qui ont été créées il y a plus d’un siècle. Ils ont alors fait appels à des magiciens pour les téléporter ici.

Cela m’a permis d’avoir une armée forte de 122 magus, sans compter la piétaille et les quelques chevaliers. J’ai mis en réserve immédiatement la moitié de ces magus, pour être sûr de ne pas tout perdre en cas de défaite. A force de tractations et de pots de vins, j’ai réussi à soudoyer six magiciens, ainsi que plusieurs compagnies de mercenaires qui ont rejoint nos forces. Nous avons en près d’un an réussi à créer un sort de téléportation majeure, qui nous a permis d’amener toutes nos troupes en un point sans aucun rapport avec la position de l’école. Il nous a tout de même fallu pour ça près de vingt jours, afin de téléporter nos troupes, mille deux cent soixante-trois hommes en tout, et toute la logistique qui va avec.

En près de trois mois, nous avons conquis cinq domaines, certes petits, mais suffisants dans un premier temps. Pour éviter d’amener le doute sur l’école, nous avons aussi fait main basse sur la petite bourgade la protégeant. Comme notre façon de mener la guerre a plus que rarement atteint les civils, cette conquête n’a pas amené plus de doutes que les autres.

J’ai très rapidement fait construire des avant-postes pour éviter toute contre-attaque inattendue. Notre trésor étant encore suffisant, je n’ai pour l’instant que peu de doutes envers les mercenaires. Tant que je continue à les payer grassement. Toutefois, pour m’assurer de leur pleine coopération, j’ai réussi à faire courir via plusieurs bardes le bruit que les nobles qui sont aux alentours cherchent activement la plupart d’entre eux pour leur faire payer soit leur traîtrise soit leur manque de discernement. Ces tourneurs de phrases ont très bien compris ce que je leur ai demandé, car aucune information n’était la même dans son exactitude. Suffisamment de doutes, pas assez de renseignements.

Ce nouveau domaine, appelé Comté d’Eërzios, en mémoire de notre premier mentor, est assez bien approvisionné en fermes, forêts et tous besoins en matières premières. Nous avons même retrouvé d’anciennes mines de fer et d’or. Il est régi par un conseil. J’ai refusé d’être nommé chef de ce conseil, mais les résultats de notre conquête font qu’ils croient plus en moi qu’en eux-mêmes. Je n’ai finalement accepté qu’à contre-coeur. Je leur ai bien fait comprendre que tant que nous serons en situation de paix, du moins relative, le conseil décidera, et je n’aurai pas de droit de véto pour quoi que ce soit. Si la guerre revient chez nous, il est alors évident qu’il ne peut y avoir plusieurs dirigeants. Cela mettrait en péril l’unité du domaine.

Nous sommes en 1350. La guerre autour de nous fait rage, de plus en plus dévastatrice. Un homme, appelé St-Giliath de Tassin, est venu nous voir il y a maintenant deux mois. Il nous a dit diriger une armée de combattants neutres. Je ne vois pas comment cela est possible mais je l’ai laissé conter son histoire. Il est prêtre d’Avarra, et Comyn psioniste de naissance. Il nous assuré ne pas faire usage de ses pouvoirs tant qu’il serait parmi nous. Malgré la tension, j’ai décidé d’avoir confiance en sa parole et de le laisser continuer. Il parcourt les terres pour trouver les personnes les plus dignes de ce continent. Il nous dit que le niveau social, voire les éventuelles erreurs passées ne sont pas forcément en contradiction avec le but qu’il veut atteindre. Seuls les actes présents et à venir sont ce qu’il considère. Il aurait un certain pouvoir de prémonition et, selon lui, d’ici peu de temps un grand malheur arrivera.

Après avoir écouté son histoire, je lui ai permis de recruter ses gens dans notre domaine à condition qu’ils veuillent venir volontairement. Au bout d’un mois, il quitta notre domaine avec dix-sept personnes. Etant curieux de nature, je fis appel à trois personnes douée dans la recherche de renseignements pour savoir qui était réellement cet homme. J’appris alors qu’il avait été canonisé de son vivant voilà déjà cinq ans, pour ses actes de bonté et sa dévotion envers Avarra. Ne représentant pas un danger pour notre domaine, j’ai donc eu raison de le laisser mener sa quête.

Quand mes bardes furent revenus, j’appris également qu’il allait nous falloir prendre les armes le plus rapidement possible, un danger potentiel arrivant vers nous. En effet, plusieurs grands domaines se sont alliés pour établir un pouvoir unique. A ce titre, ils doivent également recevoir une princesse des déserts du nord. Selon les dires, c’est une très puissante magicienne doublée d’une prêtresse. Elle ne prie cependant pas Avarra mais une déesse mineure, Elbanys. Peu importe le résultat de cette alliance, il ne peut que signifier de futurs problèmes pour nous. Il m’a donc fallu une fois de plus convoquer le ban. J’ai tout d’abord décidé de lancer un sort ultime, qui nous protégerait. Comme nous sommes assez nombreux, en partageant le sort les pertes devraient être minimes. Par contre, compte tenu de la protection que je veux élever, nous allons devoir fortement diminuer l’étendue de nos territoires.

Nous sommes en 1351. Ce n’est plus la guerre, ou les guerres, c’est un cataclysme… Le temps de préparer les troupes, le sort et toute la logistique nous a pris près d’un an. Le hasard a voulu que le lancement du sort coïncide avec un sort destructeur qu’aurait lancé cette princesse sur une relique. Nous étions pourtant loin l’un de l’autre, mais il est possible que la combinaison de ces deux sorts sur le continent fut enfin de compte trop proche. Au moment où nous terminions notre sort qui s’étendait sur plus de cent lieues, un exploit en soi, cette magicienne lança un sort de son côté pour que la relique ne tombe pas entre de mains ennemies. Ce que nous ne savions ni l’un ni l’autre est que nous étions proches d’une faille magmatique. Ayant lancé en même temps nos sorts, et une éruption survenant hélas à ce même moment, il s’ensuivit une explosion que je n’arrive pas encore à mesurer.

Je ne sais pas si cette Shaeyarra a survécu. Pour ma part c’est un miracle que je sois encore en vie. Sur les quatre-vingts personnes qui m’ont assisté, seules dix-huit d’entre elles sont encore en vie. Une fois que nous avons repris nos esprits, j’ai très rapidement demandé aux troupes d’effectuer un relevé des pertes dans le domaine. Je pouvais encore voir au loin les flammes, le désordre d’où que je me tournai. Un magicien doué en altération a utilisé un orbe pour voir le reste du continent. Cela nous a pris plus d’une semaine. Malheureusement, tout le continent a subi les effets de nos sorts et de l’éruption.

Nous sommes en 1390. Il a fallu plus de vingt ans pour remettre le domaine en état de produire. Nous avons vite remarqué que la température baissait trop vite. Malheureusement je ne vois pas trop quoi faire. Il semblerait également que tout ce désastre ait amené notre sol au-dessous du niveau des océans environnants. Je ne sais pas encore comment et je ne suis pas sûr que mes calculs soient justes.

Au cours des années qui ont suivi ce cataclysme, j’ai perdu quasiment tous les magus. Les recherches étant finies, sur les cent vingt-trois que nous étions, nous ne sommes plus que vingt-sept. Le conseil ne m’a pas tenu responsable du désastre. Ils ont bien pris en compte que nous ne pouvions savoir pour le volcan comme pour le sort qu’allait lancer la princesse.

Etant dépositaire du plus grand savoir concernant les magus, ils ont décidé que je serai mis dans une stase temporelle, qui ne sera annulée que si un besoin pressant se fait sentir. Je pense que c’est leur moyen de me punir. Je ne pourrai plus intervenir dans le cours des événements. Je ne peux malheureusement pas m’y opposer, pour deux raisons. Tout d’abord ce sort que j’ai voulu lancer m’a grandement affaibli, même après tout ce temps, et, de plus, si je me révolte, j’irais à l’opposé de mes propres idées.

Dans quatre jours, un magicien, un magus et un prêtre s’assureront que je sois placé dans la stase. Celle-ci sera alors scellée dans une salle souterraine. Je n’ai demandé qu’une chose avant d’y être placé. Je voulais qu’une salle soit dédiée à Avarra, avec une statue la représentant. Et que cette salle soit placée à côté de la mienne, pour que mon âme repose en paix pendant ce long sommeil.


Armaggion 2017/10/01 01:14

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