User Tools

Site Tools


le_reve_funeste_de_nedylene

Le rêve funeste de Nedylene


Nedylene mit un peu plus de désordre encore dans ses cheveux courts en se frictionnant le crâne. Alors qu’elle s’assit sur le lit, une main douce et câline frôla la peau de son sein. Elle tourna la tête en caressa l'épaule découverte de sa belle qui l'observait.

“As-tu fait un cauchemar, Amour ?”

Nedylene sourit à la question rhétorique. En guise de réponse, elle se pencha pour venir glisser à la tempe de son aimée un baiser délicat. Inutile de l’inquiéter. Elle considéra celle qui était tout pour elle avec tendresse puis s’enfouit sous le drap pour couvrir ce corps sublime de petits baisers. Elle rit de sentir les doigts de sa douce jouer avec sa mèche rebelle dressée telle l’aileron d’un requin pendant que, du bout des lèvres, elle chatouillait et flattait les courbes gracieuses de cette tendre proie qui tentait mollement de lui échapper.

Enfin elle replaça le drap avec un soin exagéré avant de s'extirper de cette couche immense qu'elles ne partageaient que quand les circonstances étaient favorables. En général quand elles étaient seules au domaine, ce qui n’arrivait pas souvent mais elles ne s’en retrouvaient qu’avec plus de délicieuse fièvre qu’elles aimaient à cultiver. En guise d’antidote, elle passa l'ignoble peignoir rose immortel – son aimée avait tenté plus d'une fois d'en finir avec lui, mais il revenait sans cesse hanter son bon goût – et reçut le baiser que lui souffla sa blonde, puis sortit de la pièce pour la laisser se rendormir comme elle l'y invitait.

Nedylene était de ces gens qui d'une façon détournée sentent ce qui échappe à la plupart des gens. Elle ne savait pas quoi, mais elle suspectait qui, au regard de son rêve. Et, si elle ne se trompait pas, sa douce n'était pas le meilleur public pour en parler, tiraillée qu'elle était sur le sujet entre une lucidité dont elle ne manquait pas, et une certaine forme de retenue et d'amour filial qui lui faisait esquiver les critiques les plus vives d'un geste de sa main fine qui faisait tinter des bracelets.

L’énergique petite brune s'habilla pour se rendre au Donjon – comme elle nommait la demeure de sa tante Sapiencia – avec encore dans la tête ce sentiment déplaisant de ne pouvoir trier rêve et réalité, rêve qu'elle reconstituait tant bien que mal. Elle repassa dans sa tête les bribes que sa mémoire acceptait encore de restituer tout en traversant la cour pavée d’un pas rapide. Les hautes grilles du manoir de Coursic furent rapidement franchies sans un regard pour ce pauvre Delgado, suite à quoi elle effaça rapidement les quelques pâtés de maison qui la séparait du Donjon.

La mine fatiguée de Lola quand cette dernière lui ouvrit la porte serra le cœur de Nedylene. La jeune brune prit pleinement conscience que son rêve reposait, hélas, sur une réalité bien concrète. Elle l’avait redouté.

« Mademoiselle Amara, par les Dieux, vous tombez bien. »

Nedylene envisagea bien dans un coin de son esprit de lui dire qu'elle ne s'était pas faite mal mais, si les mots franchirent bien ses lèvres, la conviction faisait défaut. La domestique en sourit brièvement, par politesse.

« Vous avez vu madame vot' mère ? Entrez. »

Nedylene ne l'avait pas vue, non, mais ne jugea pas utile de contredire la gouvernante de sa tête. Elle laissa la domestique la débarrasser de son manteau.

Illiana Amara était présente. Elle avait fait, avec le sieur Edgar Amara un très beau mariage que sa sœur aînée avait négocié pied à pied et qui, finalement, avait fait le berceau d’un amour sincère dont étaient nées Dylinrae et Nedylene. Sa présence faisait fi des dérisoires protestations de Sapiencia qui aurait voulu dissimuler ce moment de faiblesse, mais avait fini par renoncer, vaincue par la lassitude. Illiana embrassa rapidement sa fille et, pour tout commentaire, leva simplement cinq doigts. Nedylene traduisit sans peine à la fois son regard et son geste : « Cinq minutes, et ne la fatigue pas, ne la provoque pas, fous-lui la paix. »

La jeune brune hocha la tête. Comme sa sœur Dylinrae, sa mère savait se faire obéir et Nedy n'avait aucun penchant matinal pour l'irrévérence, moins encore en cet instant. Elle pressa même la main de sa mère en un geste affectueux qui ne leur était pas exceptionnel, et murmura : « Je ferai attention ».

Illiana sortit profiter du bol et du plateau débordant de biscuits que Lola lui avait fait accepter deux heures plus tôt et auquel elle n’avait pas eu l’appétit de toucher. Balthus, le mari de sa sœur, l’avait d’ailleurs largement entamé avant de devoir honorer un rendez-vous impossible à décaler, en confiant son épouse à sa belle-sœur en promettant de rentrer avant le milieu de la journée. Il avait beau manger tout ce qui lui plaisait, ce pauvre Balthus ne prenait toujours pas un gramme, au contraire d’Edgar qui, lui, profitait gaîment et qu’Illiana devait surveiller avec attention, voire rigueur, faute de quoi les beaux-frères avaient tendance à s’entraîner l’un et l’autre dans des comportements licencieux : bouteilles d’exceptions, cigares d’importation et, récemment, tables de poker ! Mais elle avait l’œil et ne laisserait certainement pas s’installer la moindre dérive, d’autant que si elle, Illiana, flanchait, c’est Sapiencia qu’il leur faudrait affronter… et ça, personne n’en avait aucune envie !

Sapiencia était consciente et posa sur Nedylene un regard qui avait retrouvé un peu de son éclat, mais son corps la trahit, une fois de plus, en ne lui octroyant qu’un souffle de voix : « Elle n'aurait pas dû te le dire. - Elle ne l'a pas fait. »

Sapiencia frissonna. Cette phrase la ramena à de vieux souvenirs. Des souvenirs incroyablement anciens qui remontaient à leur enfance à Illiana et elle, alors qu’on leur apprenait que leurs parents ne rentreraient jamais, et que personne ne pourrait prendre soin d’elles. Il y avait bien cette lointaine aïeule que la jeune adolescente de l’époque – elle avait une dizaine d’années – avait mentionnée. Sa mère avait promis de signer les documents nécessaires. « Elle ne l’a pas fait » raconta plus tard Sapiencia à sa petite sœur quand cette dernière fut en âge de comprendre. Leur mère avait toujours craint l'emprise maudite bien que lointaine de Lara sur sa progéniture, et Sapiencia, devenue adulte, avait identifiée cette mystérieuse ascendance et avait partagé cette sourde crainte pour leurs propres enfants, ceux d'Illiana, en particulier. Elle y était parvenue – pensait-elle – avec un certain succès. Se nichait là un petit péché d’orgueil qui laissait la partie belle à sa propre enfant, Aelwenn. La jeune ministre se gardait bien d’éveiller l’attention maternelle. Toute culpabilité assumée, la gredine avait tissé un écran de tromperies qui confirmait, hélas, Sapiencia dans son sentiment de supériorité à ce sujet. Longtemps la « vieille crocilisque » avait même protégé sa propre sœur de tout risque d’entrer en contact avec la honnie, quitte à frapper d’anathème le quartier de Rurikton ! Ce fut un terrible retour du sort dont Lara avait le secret lorsque la famille Chantelieu fonda à moins de trois cents pas de là le dispensaire où leurs enfants aimaient à retrouver ce troublion de médecin à la morale aussi distendue que ses soins étaient pourtant efficaces.

Nedylene était à ce sujet sans doute la plus incontrôlable. Non contente de flirter avec le médecin question sans envisager les moindres fiançailles, sa nièce accumulait depuis son plus jeune âge les étrangetés magiques. Elle en vint à regretter de l'avoir faite chasser du temple où elle en aurait été protégée… Mais ça n’avait pas été possible non plus. En moins d’un semestre, Nedylene avait déjà cumulé plus de blâmes, de sanctions, de colles et de mauvais points que toutes les autres élèves réunies. Sapiencia avait usé de toute son influence pour étouffer et isoler chaque incident, pour finalement se résoudre à réunir les trois cousines et les confier aux soins de feu monsieur de Mortbois.

Maxime de Mortbois avait eu une influence incroyable et décisive sur Nedylene. Sapiencia pensait sincèrement qu’il avait été le seul individu de toute la vie de son impétueuse et incontrôlable nièce à parvenir à la canaliser. Oh… pas bien longtemps car à peine avaient-ils été mariés – la différence d’âge faisait finalement peu d’histoires tant les hommes commençaient déjà à manquer – qu’elle ourdissait déjà un nouveau et terrible scandale dont Sapiencia avait bien cru qu’ils ne se remettraient pas cette fois.

Et contre toute attente, les choses s’étaient bien mieux passées que prévu. Les plaintes furent classées sans suite ; les plaignants n’étaient pas tout à fait innocents non plus. Si bien que l’affaire de mœurs fut rapidement, sinon oubliée, du moins mise de côté. Tout était revenu à la normale au point que monsieur de Mortbois avait même accepté de reprendre Nedylene dans sa couche quelques années plus tard ! Il n’y a de veine que pour les crapules. Quelle femme pouvait se vanter d’avoir à nouveau séduit l’homme qu’elles avaient honteusement trompé avec une femme ?

C’était une époque bénie. Oh, Sapiencia ne se faisait guère d’illusions : sa nièce était dans l’épanouissement de sa jeunesse et le sieur de Mortbois un homme vieillissant. Elle avait croisé les doigts que Nedylene ne fasse aucun nouveau faux pas, avec ce médecin en particulier. Si elle se retrouvait grosse, il y avait fort à parier que ça ne serait pas parfaitement légitime. Elle le craignait d’autant plus que lui s’était rapproché de la fille de Maxime de Mortbois. Elle le voulait loin ! Par chance, son âge lui donnait l’occasion de consultations sous des motifs aussi futiles que variés. Elle parvint à lui instiller l’idée qu’une relation basée sur d’aussi longues absences ne saurait être viable, puis qu’il serait sans doute bon, dans sa vigueur (le bougre était gaillard), de servir sa patrie. Elle avait même pu discrètement pousser son nom via quelques relations afin qu’il soit pris au rang de commandant d’une expédition lointaine, sur le front mordrem ! Qui plus est, ses insinuations et suggestions finirent par faire leur effet et il finit par rompre. Tout s’était admirablement bien passé. Elle était d’une habileté extrême pour ces lents travaux de sape. Il avait été temps d’ailleurs qu’elle parvint à un résultat car Maxime de Mortbois avait eu le malheur de décéder un peu auparavant. Reste que sa nièce continuait d’évoquer ce chirurgien avec des accents que Sapiencia n’aurait su ignorer, si bien qu’elle se ravit que ce phénomène s’engageât auprès des Veilleurs. Elle put dormir un peu mieux.

Ça n’avait été qu’un répit. Dylinrae, puis Nedylene, furent tour à tour inquiétées par une affaire gravissime, laquelle était confiée par les Séraphins à un nom que Sapiencia avait tout fait pour effacer de leurs vies : Laeticia Clairegide.

Nedylene avait de qui tenir : elle tenait de sa mère un caractère impétueux, bouillonnant et volontaire. Illiana avait fauté. Sapiencia avait remué ciel et terre, et surtout la terre, s’immisçant dans des milieux totalement étrangers en s’imprégnant de leurs codes particuliers avec une habilité dont elle avait eu le plaisir de constater que sa propre fille avait hérité, et Nedylene plus encore. La petite brune était un véritable caméléon qui avait à ses pieds les hommes qu’elle voulait… Sa mère avant elle en avait fait l’amère expérience, sans le recul pour savoir gérer la situation. La catastrophe était arrivée.

Et le fruit de ces égarements était arrivée à l’âge adulte, pas moins douée que les autres membres de la famille, notamment cette verve impertinente que des années de service dans les Séraphins avaient étayé par l’exercice d’une rhétorique implacable et une faculté inébranlable à garder le fil de ses pensées.

Décidément les choses n'allaient pas bien pour Sapiencia, en ce moment.

Nedylene vint se blottir contre sa tante qui tentait mollement de repousser ses effusions. La jeune brune le faisait avec une sincérité et une tendresse que Sapiencia ne pouvait ignorer. Nul besoin de recourir à cette sensibilité psychique à laquelle Sapiencia avait montré des prédispositions avant de s’y fermer résolument pour cesser d’interférer dans ses décisions. Ces sentiments lui sautèrent à la gorge par leur intensité inhabituelle. Nedylene était bouleversée, plus qu'elle ne devrait l'être considérant les circonstances.

Sapiencia sauta sur l'occasion de reprendre enfin un peu la main.

Elle retrouva ce ton autoritaire qui ne souffrait aucune contrariété dont elle avait usé en vain sur Laeticia, puis contre sa génitrice. Ce faisant, elle retrouvait son statut, le savourait comme une bouffée d'air pur avec un sourire intérieur, mais aussi une inquiétude ou une curiosité réelles fondues sous ce masque sévère. « Quelque chose ne va pas, parle Nedylene. - Un rêve ma tante, je…j'écoutais quelqu'un parler et je … »

Sapiencia acheva de se dépouiller un peu plus de son statut de malade victime des événements et des décisions des autres en braquant son regard d'aigle sur la porte qui venait de s’entrouvrir. « Plus tard s'il te plait »

La réponse, si elle ne claqua pas comme un fouet, n'en était pas loin et surprit Illiana à peine rentrée dans la pièce pour signifier à la visite était terminée. Sapiencia savoura vilement son autorité retrouvée en voyant la surprise dans le regard de sa sœur qui sortit sans plus de façons. Elle adoucit comme elle savait le faire, la remarque en la complétant d'un ton plus conciliant : « C'est important, tout va bien »

Illiana hocha la tête avant de refermer la porte.

Nedylene en éprouva de la peine pour sa mère, mais la poigne de la serre d'aigle refermée sur sa main pour la rappeler à elle capta son attention : « Raconte-moi. »

Ce qu'elle fit. Nedylene raconta les mots lointains, indistincts, qu'elle entendait sans vraiment les comprendre comme une lointaine spectatrice, puis la scène qui se précisa peu à peu.

Elle raconta le visage de cire aux traits figés qu'elle reconnut au ralenti, comme un rêve dans le rêve, maladroit, et la douche, la gifle de la compréhension alors qu'elle se vit, se comprit, se tenant devant le cercueil ouvert de sa tante en écoutant ses propres mots : elle lisait quelque éloge en promenant son regard sur l'assistance pour leur demander en vain leur aide.

Elle raconta Dylinrae, sa sœur, le visage fermé dans une longue robe noire de style oriental, l'élégance et la dignité faites femme, jouxtée d’un Roy qui ravalait son envie de parader et se contentait d’être – pensait-il – l’homme de la plus belle femme du monde (tout le monde ne savait-il pourtant pas que c’était elle, Nedylene, qui avait la plus belle femme du monde, non ?). Elle raconta son oncle, livide, soutenu par son compère qui le tenait par les épaules dans un antique costume au gilet soyeux, et sa mère, si fermée qu'on aurait pu croire que son esprit avait déserté son corps, la main posée sur le cercueil de son soleil éteint, cachant un désarroi qu'on pouvait toucher du doigt…

Légèrement plus en retrait, comme les deux spectateurs insolites voir incongrus qu'ils étaient, un improbable duo qui aurait achevé Sapiencia si elle avait encore abrité un souffle de vie : le vieux Tsion, massif, placide, qui tentait d'arborer en vain une mine grave sous laquelle transparaissait un sourire bonhomme. Il était pourtant attristé de lire la peine dans le regard de ses filles. Engoncé dans sa sempiternelle tenue de chasse, teintée de sombre pour l’occasion, il accompagnait la honnie en personne, Lara de Chantecombe, vêtue d’une élégante robe longue brodée de fines dentelles démodées. Elle affichait avec davantage de succès, mieux habituée à feindre, une gravité qu'elle peinait pourtant tout autant que lui à ressentir. Elle était pourtant tout aussi touchée par l’émotion qui étreignait les présents, bien plus qu’elle n’était affectée par la mort de cette femme qui la haïssait. Mais Aelwenn, sa filleule secrète, souffrait réellement derrière son expression impassible, et elle ne pouvait rester une marraine muette à ses douleurs.

Enfin bien sûr Aelwenn elle-même, son Ael, qui arborait une expression si étrange, mélange de profonde libération et d’intime compassion dont l'image l'avait réveillée, tirée de ce cauchemar à la violence si différente de celle des tueries ou des monstres griffus. Aelwenn la regardait douloureusement, elle, l'oratrice, Nedylene, dans un étonnant effet d'écho à ses propres sentiments profonds. Ce constat l'avait éveillée avec une forte impression de malaise.

Nedylene avait réalisé la force du message qui lui avait été adressé. Elle aimait sa tante, malgré tout ce qui séparait les deux femmes. Elle pressa la main osseuse dans la sienne, achevant son récit avec ce don qu'ont certaines personnes pour mettre des mots sur leurs émotions, Sapiencia prit au fur et à mesure le récit de sa nièce en larmes comme un choc inattendu. Une lourde inspiration gonfla sa maigre poitrine dont Aelwenn avait, là aussi, hérité.

Il faut croire qu'Illiana n'était pas loin et que cette porte n'avait pas une réelle existence physique au regard du lien qui unissait les deux sœurs car elle bondit dans la pièce comme un diable de sa boîte, et si elle ne hurla pas, la colère contenue frappa Nedylene de plein fouet à la perception d'un potentiel nouveau début de malaise de sa sœur. « Ça suffit maintenant ! Nedylene, dehors ! »

Sapiencia, les yeux clos, toute vieillissante qu'elle soit, gardait quelques capacités et leva une main rassurante pour désamorcer la crise naissante : « Tout va bien, c'est passé. Nedylene n'a rien fait de mal, pour une fois » crut-elle bon d'ajouter pour apaiser sa sœur, avec un certain succès, mais celle-ci n'en jeta pas moins un regard méfiant à sa fille, la prenant plus doucement par la main pour la faire sortir : « Elle doit se reposer. »

Le rêve revint immédiatement à la mémoire de Nedylene, cet affreux visage de cire de la morte, impassible et un rien sévère. Nedylene la regarda longuement, murmurant quelques mots inaudibles.

« Non, pas encore » lâcha Sapiencia avec ce ton de commandement qu’Illiana recevait avec un naturel désarmant et que Nedylene, si elle le percevait pour ce qu’il était, acceptait, encore sous le coup de l’émotion. « Je dois vous parler, à toutes les deux. Et ça vaut pour Edgar et Dylinrae, à tous les quatre, mais vous le leur rapporterez. » Elle ne mentionna pas Roy, probablement honni de son discours même si elle avait fait l’effort, cette dernière année, de lui accorder, sinon un statut marital, du moins un blanc-seing. Après tout, elle ne pouvait ignorer qu’il était le père de ses petits-neveux sur lesquels, bien malgré elle, se reportait l’affection d’une grand-mère, ce dont sa fille lui refusait le bonheur.

« J’ai discuté avec la lieutenant Laeticia Clairegide. »

Elle claqua de la langue, sèchement, pour couper court à toute réaction et que chacune restât bien concentrée sur ses mots.

« C’est une femme très bien, une officier de valeur de sa majesté. »

Voilà. C’était dit. Laeticia Clairegide avait désormais une existence « officielle ». Elle ne jugea pas utile de s’étendre davantage et entrevoyait déjà les difficultés à venir, les rumeurs qu’il allait falloir éteindre, étouffer, braver ou assumer selon le cas. Après tout… entre le fait de reconnaître devant ses pairs que ses nièces avaient une nouvelle fréquentation et le fait d’avouer que sa sœur n’était pas le parangon de vertu qu’elles affichaient pour compenser les frasques des filles qu’elle avait enfantées…

° Amour ? °

Evidemment, il fallait s’en douter : tant d’émotions chez la jeune brune n’aurait pas pu facilement échapper à une redoutable psychomancienne, encore moins à une Aelwenn intriguée, rendue particulièrement attentive par un réveil précoce quand Nedylene était plutôt du genre à se prélasser dès qu’elle en avait l’occasion, et d’autant plus depuis que Sirayan résidait au manoir avec quelques prétentions affichées à occuper la place de la jeune brune. Aelwenn le faisait patienter, mais sans réel argument, d’autant qu’elle appréciait de plus en plus cet homme tendre, prévenant, protecteur et instruit qui ne cessait de la couvrir de présents chaque fois qu’il séjournait dans les murs.


"Nedylene" 2018/10/17 02:00

le_reve_funeste_de_nedylene.txt · Last modified: 2018/10/17 02:20 by armaggion