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episode_2

Under Cover - Episode 2


Elle se sentait commencer à perdre les pédales alors que cela avait si “bien” commencé.

Elle était plongée dans ses pensées en contemplant le dallage froid du sol quand elle en fut tirée à toute vitesse. Tout le monde connait ce sentiment désagréable d'être tirée hors d'un rêve brutalement, ce sentiment d'inachevé et cette mauvaise humeur tenace qui en découle.

Nedylène ne saurait pas expliquer ce qu'il s'est passé. Cet endroit peut-être ? ou plus simplement ce qui sommeille en chacun de nous. Elle focalisa toute son attention sur cette main osseuse, comme une patte d'oiseau insupportable posée sur son épaule alors que le vieil obsédé la secouait comme un prunier en lui calant son autre main sale entre les cuisses. Elle saisit la main posée sur son épaule, la broya dans la sienne et le fit pivoter pour l'écraser contre la table, cognant sa tête à plusieurs reprises dans un déchainement de violence primale. L'adolescente qu'elle s'était mise à appeler “princesse” tenta de la retenir en agrippant son bras alors qu'elle allait massacrer le vieux.

Il gémissait, n'ayant pas la moindre chance contre la brune vivace. Il regardait Nedylène avec une sorte de résignation, presque pensif, alors que la femme allait l'achever, le chandelier de la table calé dans la main, soufflant par le nez rapidement.

“Arrête, arrête !”

Alors que la brune fixait toujours le vieux, elle reposa le chandelier sur la table. La petite se serra contre elle alors que Nedylène inspira fortement. Dans la salle silencieuse, tous les visages venaient de se tourner vers elle.

“Vous montrez votre vrai visage” énonça derrière elle la voix neutre et glaciale de la médecin qu'un patient avait dû prévenir.

“C'est pas vrai ! Elle n'est pas comme ça ! Et toi t'es qu'une grosse truie dégueulasse !” La petite bondit comme un diable de sa boîte, s'interposant devant Nedylène, presque touchante, pour la protéger. La femme-médecin lui glissa un regard froid et neutre et l'ignora.

Nedylène se surprit à la presser contre elle. Elle s'était attachée à cette adolescente plus qu'elle ne l'aurait dû sans doute. Et elle vit que la médecin venait d'en prendre consciente quand elle étira un fin sourire très bref. Cette femme était une saloperie. Nedylène comprenait la façon de penser de ce genre de prédateurs : elle s'en prendrait à la gosse pour l'atteindre, c'était presque certain.

“Quoi qu'il en soit, elle sera punie pour son acte.”

Nedylène était assise sur le sol crasseux dans l'obscurité presque complète d’une sorte de cachot, en plus petit, au milieu des restes de repas pourrissants, et de ses propres déjections. Au début elle avait un coin de la pièce pour ça, puis, au fil des jours, elle n'en avait plus l'envie ni la force, alors que le désespoir s'installait sournoisement avec la perte progressive des repères, temporels ou autres. Elle n'aurait pas su dire si cela faisait une semaine ou trois ans qu'elle était là.

La longueur de ses cheveux semblait au toucher semblait lui dire un , deux mois peut être, ce que ne démentait pas la crasse de la chemise dont elle s'était défaite tant elle devenait irritante.

Elle n'avait pour seule compagnie que le souvenir de sa sœur ou de sa cousine pour l'empêcher de sombrer dans la folie. Les gens de l'extérieur, les gens “normaux”, imaginent mal ce que peut signifier le fait de passer quelques semaines dans le noir, sans rien faire, sans jour ni nuit, rien d'autre qu'un passage pour la nourriture de temps en temps, jamais régulier. Alors elle enfilait vite sa chemise pouilleuse et avalait aussi lentement que possible ce qu'on avait bien voulu lui octroyer.

Elle parlait toute seule, elle avait entreprit de de travailler quelques connaissances mais au fil du temps elle n'eut plus la concentration et la lucidité nécessaires à l'étude. Alors elle attendait.

Elle devenait folle. Elle commençait à rire sans raisons, se tassant parfois sur elle-même pour se rouler en boule. Ses mots devenaient incohérents, se mêlant parfois sans réel but autre que de faire du bruit pour occuper son esprit. Elle était malade, de corps et d'esprit, tremblante. Combien de temps s'était-il écoulé en réalité ?

Combien de temps faut-il pour aller loin ?

Elle se contracta, se tassant sur elle-même en percevant ce qui lui parut un violent fracas. Était-elle morte dans ce trou ? Une voix. Elle n'avait entendu que la sienne depuis.. elle n'aurait pas su dire, se contentant d'enfiler sa robe maladroitement avant de se prostrer à nouveau comme un animal bientôt aveuglé par une lumière trop vive qui lui blessait les yeux. Elle reconnut la voix toutefois : le directeur.

“Vous voilà devenue moins arrogante. Avez-vous compris la leçon ?” Il la toisa avec suffisance. Elle s'en fichait, à bout de nerfs, toutes ses pensées focalisées sur un seul et unique but obsédant : sortir d'ici. Elle se soumit.

“Je me tiendrai tranquille” prononça-t-elle d'une voix éraillée, les yeux clos.

Elle se sentit saisie et savoura la caresse aveuglante des lanternes de la salle commune alors que tous la regardaient se faire trainer, odieusement pouilleuse et les pieds ensanglantés. On retira ce qu'il restait de sa chemise et on vida sur elle une dizaine de seaux au moins avant de la frotter pendant un bon quart d'heure.

Elle les vit la regarder de derrière la grille de la buanderie où on la brossait comme un drap sale. Ils étaient là, Princesse, le Lord, regardant cette femme nue, pourtant une tueuse redoutable, redevenue aussi vulnérable qu'une enfant. Elle tenta de leur sourire sans y parvenir, comme si elle avait oublié comment faire, puis éclata de rire !

Elle était en vie.

"Nedylène" 2017/09/02 01:00

episode_2.txt · Last modified: 2018/09/15 13:42 (external edit)