User Tools

Site Tools


episode_1

Les Dents du Requin - Episode 1


Nedylène et Endherion appréciaient ce genre de petite pause dans leur quotidien respectif. Des moments dont le danger n'était pas absent, bien au contraire, mais où leurs talents conjugués leur garantissent une certaine sécurité quand ils décidaient d'une petite excursion commune. Ce n'était pas évident de par leur comportement, surtout la concernant, mais tous deux n'étaient pourtant « que » des amis, des amis proches cependant ; ils aimaient flirter avec les limites sans jamais les dépasser. En effet la brune aimait rebondir sur le goût prononcé pour les panoramas grandioses de son compère, s'incluant parfois bien volontiers dans ceux-ci. Au fond deux grands gamins qui s'amusaient dans des ballades en pleine nature faisant semblant de se modérer l'un l'autre.

Ils se comprenaient à merveille.

Elle avait passé sa tenue de cuir spéciale Endhy “prédatrice de la nuit sombre” qui était un mélange de décontraction pourtant fonctionnelle et d’une sensualité voilée qui moulait à merveille ses formes avantageuses, des formes qu'elle ne rechignait jamais à lui mettre sous le nez comme une allumeuse de bas étage. Pas plus qu’il ne se gênait jamais de son côté pour la couver d'un œil torve volontiers surjoué.

Nedylène était une bien belle femme et le jeu les amusait de longue date.

Elle le précédait pour escalader quelques ruines perdues au milieu de la jungle, non sans lui faire profiter justement de la vue de son fessier moulé, ayant curieusement insisté pour passer devant à son grand amusement. Il peinait à la suivre, plus lourd bien que plus puissant, et ça n'était pas du fait de la distraction occasionnée par les formes plantureuses de la brune mais bien de la difficulté de l'escalade avec un équipement aussi conséquent que le sien. Nedylène, du reste, aimait lui faire porter leurs affaires « communes », et y incluait volontiers aussi les siennes.

Elle s’installa sur le toit d’un vieux temple écroulé, retirant ses bottes pour laisser souffler ses pieds et ses chevilles. Il la rejoignit, soufflant comme un bœuf. C'était pourtant quelqu'un d'assez physique en son genre : “Nom d'un dolyak, tu ne te déplaces jamais sans ta collection d'enclumes ?”

Il remarqua, sous la lumière si particulière de la canopée, une petite trace autour de ses chevilles qu’il avait vaguement remarquée par le passé sans jamais vraiment s’y attarder, reportant le sujet à plus tard. Cette fois-ci, il y glissa les doigts, caressant sa peau. “Comment tu t’es fait ça ? - J’étais suspendue au-dessus d’un bassin à requins. - C'est quoi ces conn… ?”

Elle lui avait répondu de but en blanc avec ce petit air pince-sans-rire qu’elle affectionnait, parfaitement neutre, mais il côtoyait cette femme depuis trop longtemps pour manquer la petite lueur au fond de son œil trahissant qu’elle disait vrai malgré son air de sortir une connerie. Il grimaça alors que ses yeux à elle se perdaient dans le vague, avant de se fendre d’un large sourire. Il leva les yeux au ciel : “Pourquoi je me pose seulement la question… ”

Nedylène avait effectivement dit la vérité. Elle se souvenait bien d’eux. Oh c’était il y a un certain temps de cela.

La grosse brute transpirait abondamment en lui cognant dessus, les yeux plissés sous la concentration, le « chef », lui, se massait le menton, calé sur l’accoudoir de sa chaise. Pour sa part, la femme souriait tout le temps, une espèce de mocheté avec des cheveux marron sale, une couleur qu’elle incarnait à merveille, avec ses petits rires secs de hyène, vulgaire comme un étron surnageant d'un caniveau. Enfin le gros se grattait le ventre en faisant mine de mal jouer le mec sympa…

Nedylène n'essayait pas de trop bouger, solidement attachée à la chaise métallique fixée au sol. Elle plissa l’œil pour les entrevoir alors que la grosse brute allait boire un verre, avec un rictus de contrariété tout en s’enfilant un peu d’alcool. Ce dernier dégoulinait dans sa barbe d'un blond cendreux, fournie mais mal entretenue, alors qu'il la couvait d’un air mauvais.

Cette petite pétasse lui résistait depuis de longues heures déjà. Pourtant, malgré ses airs de brute, il savait doser ses coups pour ne pas l’abimer trop vite. Elle ne payait pas de mine, mais elle était coriace.

“Regarde comment elle te mate, elle te boufferait les couilles si elle le pouvait, hein beauté ?”

La femme aux cheveux marron sale et aux airs de furet vint lui secouer le menton, le relâchant brusquement en lui tirant les cheveux vers l’arrière. Elle se rapprocha de son visage en lui soufflant son haleine à la face : “Je te cause, connasse”.

Nedylène répondit d’un coup de tête en échappant à la poigne qui lui tenait les cheveux, au prix de certains d’entre eux mais en provoquant l’hilarité de la brute quand la femme-rat recula brutalement, le nez en sang. “Ca t’apprendra ! Dégage, et laisse faire ceux qui savent” dit la brute en posant son verre d’un air décidé, sonnant la fin de la pause.

Le gros prit la parole avant qu’il ne recommence, s’extrayant péniblement de sa chaise. Elle grinça sous l'effort : “Écoutez, nous savons que vous êtes bien la personne que nous cherchons comme nous savons que vous détenez les renseignements qui nous intéressent. Vous finirez par parler, vous le savez, ça n’est qu’une question de temps.Vous n’êtes pas obligée de vous infliger ceci, nous n’avons rien de personnel contre vous.” Il parlait comme un avocat un peu chiant, une sorte d’intello raté se dit-elle en l’écoutant d’une oreille, sachant parfaitement que quelque soit cette bande d’affreux qui l’avaient enlevée devant chez elle, ils la tueraient quand ils auraient ce qu’ils voudraient. Elle profita de la pause du baratin du gros pour réfléchir.

Elle penchait pour le Blanc-Manteau pour le semblant de coordination et les questions qui semblaient suivre une certaine logique en se recoupait parfois avec une feinte innocence. La brute avait l’air de savoir y faire plus que le bûcheron du coin qui l’aurait assez vite blessée sérieusement, voire tuée. Elle avait l’intuition que le furet lui jouait la comédie et l’observait, l’analysait. Ses ongles n’étaient pas assez abimés pour un rat d’égout. Le gros lard échangeait des regards réguliers avec l’homme au fauteuil, répondant parfois à un léger signe de la main ou un regard : Une équipe, qui avait l’habitude de travailler ensemble. Non, résolument pas des pirates, et ce capitaine ressortait du lot. Qu’importe pour l’heure, sortir d’ici n’allait pas être simple.

Elle entendait parfois un léger bruit comme un clapotis, que confirmait une légère odeur iodée. Pas loin de la mer, peut-être même au-dessus, se dit-elle. Du bois au sol. Une maison sur pilotis ? Possible, voire probable. Fenêtres bouchées, murs neutres, pas d’affiches, d’inscriptions, architecture humaine mais du bois plutôt exotique. L'Arche du Lion ? Probable également. Un air assez humide, chaud, qui faisait transpirer le gros. De temps en temps le vrombissement d’un moustique.

Bon, la pièce à présent : Au centre, une petite lanterne qu’il lui faudra détruire rapidement. Une autre sur la table du chef qui se massait le menton. Si elle pouvait faire en sorte d’être amenée à cette table, c’était jouable. Dans la foulée elle casserait celle du plafond. La porte s’ouvrait vers l’intérieur, chiant, et le gros n’était pas loin dans son fauteuil. Elle était à peu près sûre qu’il serait étrangement moins lent si ça merdait. Donc s’occuper du gros rapidement mais ça laissait la fouine dans son dos. D’abord la fouine donc. Elle basculerait en arrière pour envoyer la brute sur la fouine ou inversement, puis foncerait sur le gros. Ca laisserait le chef sur son flanc, mais elle n’avait pas le choix. Basculer la table sur lui pour mettre un obstacle physique entre eux ? Insuffisant. Il pouvait lui tirer dessus ou lui lancer un couteau.

La brute avait recommencé sa sinistre besogne, décidé à la transformer en plaie vivante. Elle en était à un stade où elle avait de toutes façons trop mal pour ne plus ressentir quoique ce soit. Mais cela le chef le réalisa, aussi il levant la main, s’extrayant de son fauteuil avec une vivacité qui contrastait avec celle du gros, des plus inquiétantes : “Assez”.

"Nedylène" 2017/09/06 23:20

episode_1.txt · Last modified: 2018/09/15 13:42 (external edit)