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entree_dans_endul-methril

> Cet extrait met en scène nos personnages, la plupart appartenant à la seconde génération :

Calder de Sheele, un paladin vélunien affilié à l’Ordre des Chiens du Dieu Blanc, Mailiss,
une soldate de fortune recrutée à titre de mercenaire, LestAgile, dont le nom indique
de façon suffisamment explicite la spécialité, et Wolundar, un guerrier forgeron de la
tribu des Kellerneïdes. Certains personnages de première génération sont encore présents,
en couverture : Dackrÿll-l’Ambivalent et Gaaldys le shaman.

Résumé de la situation : Après avoir abordé les quais de la fabuleuse basilique d’Endul-Methril (“Cataractes de le Nuit” en langage elfique), les personnages ont été accueillis par des moines rescapés de l’invasion de morts-vivants qui s’est abattue dans ces lieux depuis plusieurs mois. Après s’être reposés quelques heures parmi les moines et avoir réchappé à une tentative d’infiltration de la part d’un vampire, les personnages se font ouvrir les lourdes portes qui séparent le bâtiment central des communs et des installations portuaires.



L’environnement est assez diffile. La fin de l'hiver, en moyenne montagne et le temps est plutôt mauvaise. De fortes précipitations, vraisemblablement sous forme de neige, sont à craindre. Mais qu'importe puisqu'il est prévu de se diriger vers l’intérieur de la basilique, à la recherche d’indices concernant la manière d’activer le Graalice, la relique du Dieu Blanc dont le rituel d'activation a été perdu avec la mort subite du dernier Grand Ecclésiarque. Par ailleurs, comme la basilique fut bâtie par dessus une cataracte qu'elle enjambe gracieusement, à moins de s'enfoncer dans les profondeurs de l'immense structure, le niveau de bruit ambiant est relativement élevé, rendant parfois difficile la conversation.

C'est typiquement le cas à l'endroit où le prieur guide le groupe. Devant eux, une assemblée de moines achève de déblayer l'amoncellement de matériaux disposé devant une immense double porte d'airain d'au moins trente pieds de hauteur. Quand ils en ont terminé, ils tirent l'un des battants pour livrer le passage à une large allée creusée en coude dans la roche. Quatre hommes peuvent y marcher de front. Il s'agit des portes extérieures ouvrant sur les bâtiments consacrés de la basilique proprement dite, par opposition aux installations profanes où le groupe vient de passer la nuit en compagnie de religieux terrifiés par ce qui se passe à l'intérieur et dont ils n'ont guère su quoi dire. L'attaque de mort-vivants survenue la nuit précédente a parlé pour eux.

« Beuurk ! », s’exclame Mailiss en fronçant le nez. « Ca sent le pourri ici. Z’êtes sûrs qu’il faut y aller ? - Dépêchez, dépêchez, il faut vite refermer, on ne peut pas laisser ouvert trop longtemps ! »

Le prieur rescapé tremble de tout ses membres, et le froid n'y est pas pour grand chose. Il craint terriblement que malgré la lumière du jour, une créature infernale ne surgisse des ombres qui règnent à l’intérieur. Un large couloir courbe donne accès, une trentaine de pas plus loin, à une seconde porte, nettement plus petite, dont le bois dur est garni de multiples renforts de métal habilement travaillés en symboles religieux. Alors que les aventuriers sont à peine tous entrés, les moines repoussent déjà l'immense battant.

Tandis que leurs yeux s’habituent progressivement à la faible lumière, l’humidité et la moisissure se révèlent omniprésentes. LestAgil s’avance lentement jusqu’au fond du passage et, après quelques secondes se retourne à demi vers ses compagnons : « Aucun sans système d’ouverture, mais je crois qu’il y a un passage par ici. »

Il désigne une ombre plus profonde sur la paroi extérieure de la courbe. Déjà Wolundar et Mailiss s’y avançaient.

Le passage est plutôt discret. Cinq marches à peu près deux fois plus grande qu'il n'est d'usage, et d'à peine un demi-pas de largeur pivotent lentement en montant sur la droite et s’arrêtent sur une porte de fer garnie de pointes. Là non plus, aucun système d’ouverture apparent. Les personnages échangent des regards perplexes. Gaaldys s’apprête déjà à rappeler le prieur pour lui demander d’ouvrir, mais Dackrÿll l’arrête : « Attends, je dois pouvoir arranger ça. »

Il entame alors une courte incantation et la porte luit rapidement d’une faible lueur verdâtre. Puis après quelques secondes d’intense concentration : « Essayez maintenant ! ».

Wolundar s’avance et frappe la porte avec la poignée de sa hache d’armes. Au premier choc, la porte pivote de quelques millimètres avec un horrible raclement, mais il faut l’intervention de Calder, arqueboutés l'un par dessus l'autre, pour parvenir à une ouverture complète. LestAgil décolle les mains de ses oreilles et hurle : « C’est fini ce vacarme ? Là c’est sûr, on vient de déclarer notre présence ! - Et comment est-ce que tu comptais faire ? rétorque Wolundar, haussant un sourcil perplexe alors qu'il ressort péniblement de l'étroit passage. - Je sais pas, mais pas comme ça ! »

Et sur cette réponse péremptoire, à peine Calder ressorti à son tour qu'il s'engage dans les marches.

L’étroitesse du passage, commandée par les impératifs de défense de la basilique, le rend particulièrement favorable aux embuscades. LestAgil avance sans bruit. Quelques instants plus tard, il revient : « Ca m’a l’air sain. Ça débouche sur une salle avec des machines mais on n'y voit pas grand chose ! »

Calder dégaine sa puissante épée. Elle pulse d’une lueur brune orangée qui illumine le passage et il se glisse à l’intérieur. Wolundar puis Mailiss lui emboîtent le pas.

LestAgil se retourne vers ceux qui, comme lui, demeurent en bas : « Euh, on fait quoi nous autres, ça vous dit une p'tite belotte ? »

« Panique pas » lui répond Dackrÿll, si on ne peut pas sortir, il est très probable également que personne ne puisse entrer ici. » Gaaldys, qui s’était dirigé vers la grande porte intérieure pour l'examiner à la lumière de sa lanterne, renchérit : « Oui, et si quelqu’un ouvrait, quoi qu’il en soit, ça nous aiderait plutôt. C’est du solide. Et puis je crois qu’il y a une herse levée ici qui pourrait tomber d'un seul coup. On aperçoit le bas des barreaux à la limite du plafond. » Il désigne également de la main la rainure qui parcourt verticalement les parois du passage et les marques d’impact des barres sur le sol. « Vaut mieux pas trop stationner ici », dit-il en reculant quelque peu.

« Je crois que ça ouvre en tirant : il nous faudrait une prise. »

Mais dans l’immédiat, renonçant à toucher à quoi que ce soit, ils se contentent d’attendre.

Dans l'étroit passage, la progression est difficile. Le sol et les parois sont glissants. Mais le bruit de la cascade est nettement affaibli par l’épaisseur de la muraille. Calder enlève son casque qui le gêne et le pend à son ceinturon. Derrière lui, Mailiss s’impatiente et chuchote en taquinant : « Alors, il avance le golem ? ». La montée reprend, puis débouche sur une pièce qui surplombe le passage en courbe. Plutôt sombre et mal éclairée par ce qui ressemble à trois pauvres soupiraux encombrés de glace, elle est occupée principalement par un large cabestan avec un axe horizontal autour duquel s’enroulent de lourdes chaînes. Le plafond est hors de portée de la lumière générée par l’épée de Calder.

Wolundar tente d'imaginer l'usage du dispositif : « Les portes se commandent sans doute d’ici. Il faudrait peut-être manœuvrer ces leviers. - Non, ça c’est pour manœuvrer cette herse. » fait remarquer Mailiss qui s'avance un peu plus pour délimiter les limites exactes de la pièce.

En effet, une lourde herse est plaquée sur le mur nord, destinée à coulisser dans une fissure du sol. En tendant l’oreille, on parvient à entendre les autres membres du groupe discuter en dessous. Mais ce n'est pas ce qui retient le plus son attention. Elle est en arrêt devant de petits os blancs répandus sur le sol.

Soudain un appel à l'aide déchire le silence relatif de la pièce : Calder hurle tandis qu’il s’élève dans les airs ! Wolundar tente de lui saisir les genoux pour le ramener au sol. L’effet dure quelques secondes, puis l’ascension reprend, plus lente. Tandis que Mailiss se dirige vers l’escalier pour appeler à la rescousse, elle ressent à son tour une soudaine traction au niveau de l’épaule gauche : un fin filament blanchâtre se tend entre elle et le plafond !

Calder dirige son arme vers le haut pour éclairer les hauteurs plongées jusque là dans l'obscurité, hors de portée des torches. La lame est suffisamment proche du plafond à cet instant pour révéler les reflets de créatures insectoïdes qui semblent converger vers celles qui le hissent. Calder hésite à couper le filament qui l’a désormais élevé à près de huit pieds du sol de pierre. Wolundar sort sa hache, vise, et la lance dans le travers, tentant de trancher le cordon mortel. Hélas, le filin vibre, heurté par le manche, sans être endommagé. Désormais les pieds de Mailiss décollent à leur tour du sol. Elle tente de déboucler à toute vitesse son haubert, quitte à l’abandonner aux prédateurs inconnus, mais la panique la menace. Wolundar lui hurle de se calmer. Subitement, les attaches de son vêtement de mailles cèdent et le guerrier la rattrape dans ses bras, en tenue légère.

Pendant ce temps, Calder porte de puissants coups d’estoc sur la carapace chitinieuse et les mandibules tendues et claquantes qui tentent déjà de le saisir. Wolundar récupère sa hache retombée et la relance. Elle claque sur le plafond et brise une partie des pattes de la créature avant de retomber au sol. Mais dans un élan de solidarité, deux autres bestioles cramponnent le paladin qui ne sait plus où frapper et où se protéger. Les nombreuses pattes se tendent vers lui tandis que son visage se couvre du sang verdâtre dont l'éclabousse la victime aux membres sectionnés.

Alertés par les cris, les autres aventuriers se précipitent et pénètrent dans la pièce au moment où Calder, épuisé, lâche son arme qui vient heurter le sol aux pieds de Dackrÿll pour mieux se défendre de ses poings gainés de fer. C’est LestAgil qui réagit le premier : « Enflammez des flèches, il faut les faire reculer. Dépêchez-vous ! »

En effet, les pieds encore visibles de Calder s’agitent encore. Le paladin rugit et s'agite dans des bruits inquiétants de métal froissé qui résonnent depuis les ténèbres du plafond.

Les flèches de Mailiss se mêlent à celles de LestAgile puis de Wolundar : En quelques instants une barrage de feu fait reculer les redoutables insectoïdes. Trois des créatures sont encore dans le périmètre enflammé, mais deux sont clouées au plafond, et le dernier, visiblement déjà éventré par les coups de Calder, ne tient plus que par les pattes que Wolundar n’a pas brisées précédemment. Le liquide qui s’échappe des blessures des bestioles semble activer fortement les flammes des flèches qui s'embrasent intégralement autour du corps suspendu du paladin. Puis, alors que le feu menace de le gagner, celui-ci chute en plusieurs temps, comme si l’effet adhésif des filaments se dissipait sous la chaleur. Puis la prise lâche totalement et le corps se précipite vers le sol. Wolundar et LestAgil tentent de minimiser la violence du choc. Presque simultanément, à l’autre bout de la pièce, le bruit d’une cotte de mailles qui s’effondre se fait entendre : les créatures n’ont visiblement pas le goût de la ferraille et ont rejeté l’armure de Mailiss. Celle-ci va pour la récupérer, mais Gaaldys la retient : « Arrête, impatiente : ils t’attendent ! Reculons plutôt, il n’y a rien à récupérer ici. » « Mais je ne peux pas me battre dans cette tenue ! » En effet, le débraillage précipité de Mailiss ne lui permet certainement pas de s’inscrire dans un concours d’élégance, mais au moins, elle est sauve, et, à défaut d'être tout à fait décente, n'expose pas ses formes au point de faire tourner les têtes. Le prêtre la pousse vers l’escalier : « On t’en trouvera une autre, filons. »

Rapidement, tout le monde se retrouve au point de départ. Wolundar et LestAgil ont traîné le corps inanimé de Calder jusqu’en bas où Gaaldys et Mailiss le prennent en charge. Il est vivant, couvert de coulures verdâtres, commotionné et ne réagit presque plus. Mais le plus surprenant c’est qu’une forte odeur d’alcool émane de ses vêtements. Gaaldys n’a toutefois pas l’air inquiet : A part de vilaines coupures sur les mains, le dessus et l’arrière du crâne à l’origine des saignements abondants dont ils ont l’habitude, rien de grave. Mailiss ne comprend pas l’origine de cette odeur. Il n’est pas des les habitudes « traditionnelles » des Chiens du Dieu Blanc de se promener avec une réserve de liqueur. Puis elle réalise soudain que c’est le sang des créatures qui présente une forte teneur en alcool, ce qui explique aussi l’incompréhensible violence des flammes issues des flèches plantées dans le plafond de la pièce. Quelques minutes plus tard, le paladin reprend connaissance tandis que Gaaldys, plongé dans une transe profonde, promène ses mains autour des bandages dont il l'a pansé.


Encore quelques minutes et tout le monde est remis de ses émotions. La porte de l'étroit passage a prudemment été remise en place. Pendant que tous s’inquiétaient pour Calder, Dackrÿll et LestAgil, amis de longue date, s’étaient approchés de la puissante porte à l’extrémité nord de la pièce, un pas en-deça de la limite de la herse levée.

« Je penche pour une porte toute simple avec une simple barre de verrouillage horizontale. Il me semble en apercevoir l’ombre ici et jusque là » affirme LestAgil en parcourant la fente qui sépare les deux battants à hauteur de poitrine. Dackrÿll ne dit rien, plongé dans ses réflexions. Au bout de quelques instants, LestAgil s’arrête et le regarde : « Oui, et bien ? Qu’est-ce que tu en penses ? ». « Mmm », répond Dackrÿll, « Moi je crois que ce n’est pas fermé du tout. Celui qui a peur se protège. Or, ce ne sont certainement pas les éventuels habitants des lieux qui ont peur, mais plutôt les moines à l’extérieur. Pour s’en convaincre, il suffit de constater comme ils ont barricadé les portes extérieures. Mais pourquoi les portes intérieures seraient-elles verrouillées ? »

« Ca c’est pas idiot ! » s’exclame Wolundar qui a rejoint entre-temps le petit groupe. « On pourrait essayer de les ouvrir simplement en tirant à plusieurs sur les décorations. Éventuellement, on y accrochera une corde pour qu’on puisse tous participer sans se gêner. »

Malgré son fort accent, tout le monde a compris. Wolundar range alors la pierre à aiguiser avec laquelle il était en train de refaire le fil de sa hache et sort de son sac une corde qu’il noue à un grappin que LestAgil a coincé dans un symbole du Choeur des Aasinars. Lorsqu’il a fini, il tend la corde et fait un premier essai, seul. La porte semble pouvoir jouer mais ne cède pas. Tous s’arc-boutent et tirent de toutes leurs forces sur la corde. Le métal de la décoration se déforme et semble devoir s'arracher quand un craquement grave se fait brusquement entendre, et un nuage de givre blanc glisse en bas de l’ouverture. De l'autre côté, il fait jour et la lumière est presque éblouissante après le temps passé à la lueur des lampes. De là, la porte pivote facilement et Dackrÿll, dont la légendaire faiblesse rendait la participation quasiment inutile, pose des coins autour du battant et jette un œil à l’intérieur.

L’éblouissement passé, les personnages découvrent une belle pièce carrée d’une dizaine de mètres de largeur, vide, décorée de demi-colonnes et sur laquelle s’ouvrent deux larges double portes, au nord et à l’est. Elle est éclairée par deux fenêtres, hautes de plusieurs mètres et larges de presque une coudée sur la muraille est. Le froid est piquant ici, et une fine couche de givre recouvre toutes les surfaces. Le bruit de la cataracte est puissant également, renforcé par le chuintement du vent chargé d’embruns qui s’engouffre par les ouvertures. Sous la couche de givre qui recouvre le sol et bloque toutes les portes, le dallage travaillé représente une large croix pattée rouge : le symbole de l'Ordre des Pauvres Prétoriens.

« Ça caille ici ! » s’exclame Mailiss. « Il est urgent de trouver de riches et beaux vêtements, sinon, je vais me transformer en statue de glace. - Meuh non, répond Gaaldys, le froid c'est bon pour la peau. - Ouais, ça va te dérider et te remonter les s… - C’est bon Wolundar, on a pas besoin de détails ! » ricane LestAgil avec un sourire de roublard patenté.

Sans plus attendre, il se dirige vers les fenêtres et jette un œil à l’extérieur : « C’est chouette comme vue, mais c’est vrai que ça gèle. Oh, il est déjà bientôt la mi-journée ! »



«Fin»

Armaggion 2017/07/09 01:04

entree_dans_endul-methril.txt · Last modified: 2018/09/15 13:42 (external edit)